La mort d’Adam

Publié le 21/07/2026

J’ai demandé à ma boulangère ce qu’elle pensait de la possibilité de travailler le 1er mai. Elle a conclu « que ceux qui veulent travailler travaillent. Chacun doit pouvoir faire ce qu’il veut ». Réponse à première vue anodine et de bon sens, qui m’a pourtant été un coup de massue. J’ai pensé « Adam vient de mourir ».

Adam, c’est l’homme au sens collectif. Il existait avant la religion des Hébreux. C’est l’humain. C’est le contraire de l’individu. Par nature, Adam ne fait pas ce  qu’il veut. Je l’ai appris à mes enfants et mes enfants l’apprennent à leurs enfants. Non, on ne fait pas ce qu’on veut. Seuls les psychopathes (suivez mon regard) le font.

On est entré dans l’ère où l’idéal c’est de faire ce que l’on veut. L’esprit du premier mai est mort. L’idée qu’il y a des temps qui me transcendent : où je fais corps avec toute une humanité, où une loi commune s’impose. Où une histoire commune m’oblige. Où je ne suis pas que pour moi, mais aussi pour les autres. Je pleure aujourd’hui la mort d’Adam. « Adam » a fait place à « Je ».

En ce jour de deuil, je fais le lien avec la mort prochaine de mon prochain. Celui que je n’aurai plus à secourir parce qu’il aura bien le droit de se supprimer. Quand il souffrira je n’aurai plus à exercer de compassion. Il n’aura plus qu’à se tuer. Ce ne sera plus mon problème. Cet homme-là il n’est déjà plus mon prochain.

Aujourd’hui je pleure. Me reviennent à l’esprit ces vers de Saadi (auteur persan du 13ème siècle) « Les fils d’Adam sont tous membres les uns des autres (…)/ Toi qui n’as pas souci de l’épreuve d’autrui /Tu ne mérites pas d’être appelé un Adam ».

Etienne Gille

LVN Dijon

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