Claire Hédon : « Le respect des droits crée de la cohésion sociale » [VIDEO]

Publié le 09/06/2026

Le 4 juin 2026, plus de 130 personnes se sont réunies au Forum 104 et en visioconférence pour une soirée-débat avec Claire Hédon, Défenseure des droits, organisée par CMR, Démocratie & Spiritualité, Esprit civique, LVN – La Vie nouvelle, le Pacte civique, Les Poissons roses et Poursuivre.

Animée par Daniel Lenoir, la rencontre prenait appui sur l’ouvrage La République des droits (Le Seuil, 2026) et sur les observations que Claire Hédon tire de ses années à la tête du Défenseur des droits.

Une institution qui mesure l’écart entre les droits et leur application

Dès le début de son intervention, Claire Hédon tient à préciser que son livre n’est pas un bilan de mandat.

« C’est plutôt ce que j’observe comme tensions dans notre société, d’une remise en cause du respect des droits. »

Pour elle, le respect des droits constitue un véritable indicateur de l’état d’une société :

« Ce qui nous permet de vivre ensemble, ce n’est pas la loi du plus fort. C’est ce qui permet la cohésion sociale. »

Elle ajoute :

« Une institution comme le Défenseur des droits recrée de la cohésion sociale tous les jours en rétablissant les personnes dans leurs droits. »

Le Défenseur des droits est une institution encore mal connue du grand public. Créée en 2011 et inscrite dans la Constitution, elle s’appuie aujourd’hui sur 260 agents et 660 délégués territoriaux bénévoles répartis sur l’ensemble du territoire.

Sa mission est double : protéger les droits en traitant les réclamations qui lui sont adressées, mais aussi promouvoir les droits à travers des rapports, recommandations et interventions publiques.

Claire Hédon rappelle également qu’environ 80 % des dossiers traités passent par la médiation, qui aboutit favorablement dans la majorité des situations.

Des droits parfois difficiles d’accès

L’un des thèmes majeurs de la soirée a porté sur les obstacles rencontrés par de nombreuses personnes dans leurs démarches administratives.

Interrogée par Bertrand du Marais sur les politiques dites d’« aller vers », Claire Hédon insiste sur l’importance d’aller au-devant des personnes qui ne connaissent pas leurs droits ou n’osent pas solliciter les institutions.

L’« aller vers » désigne les démarches par lesquelles les administrations ou les services publics prennent l’initiative de contacter des personnes susceptibles de bénéficier de certains droits ou dispositifs.

Les chiffres avancés par Claire Hédon sont frappants : 6 personnes sur 10 déclarent être en difficulté avec les démarches administratives (contre 4 sur 10 en 2007), et 1 personne sur 4 renonce à un droit auquel elle pourrait prétendre, faute de pouvoir naviguer dans la complexité administrative.

Elle évoque le cas de la plateforme ANEF (Administration numérique pour les étrangers en France), utilisée pour les démarches liées aux titres de séjour, qui génère depuis cinq ans des réclamations croissantes : des personnes parfaitement intégrées, qui travaillent, se retrouvent en situation irrégulière non par leur faute mais par les dysfonctionnements du système. « 41% de nos réclamations concernent des renouvellements de titre de séjour. Ce sont des personnes mises en situation irrégulière par l’administration. »

Pour Claire Hédon, ce n’est pas aux usagers de s’adapter à la complexité administrative, mais aux services publics de rendre les démarches accessibles.

Lanceurs d’alerte : des protections encore insuffisantes

Bénédicte Fumey, administratrice de la Maison des lanceurs d’alerte, a mis en lumière les fragilités persistantes de la protection de ceux qui osent signaler des dysfonctionnements. Le Défenseur des droits joue un rôle central dans ce dispositif, mais les obstacles pratiques restent nombreux pour les personnes qui prennent le risque de s’exposer.

Victimes et réparation

Alice Casagrande, à la tête de l’Observatoire départemental des violences envers les femmes de Seine-Saint-Denis, autrice de Apprendre des victimes : Pour une société de la réparation, a ensuite interrogé Claire Hédon sur la place accordée aux victimes dans notre société.

Les échanges ont porté sur les enjeux de reconnaissance, d’accompagnement et de réparation.

Claire Hédon a notamment évoqué certaines situations de maltraitance institutionnelle en EHPAD où des personnes renoncent finalement à faire valoir leurs droits par crainte des conséquences pour leurs proches.

Une note d’espoir

En conclusion, les échanges avec la salle ont porté sur les défis démocratiques contemporains, le rôle des associations et la place de l’engagement citoyen.

Claire Hédon a terminé sur une note résolument optimiste :

« Je suis très impressionnée par le courage de la jeunesse. »

Avant d’ajouter :

« Je pense qu’on est plus nombreux qu’on ne le croit à vouloir une société apaisée, qui ne monte pas les populations les unes contre les autres et qui respecte les droits des personnes. »

Une conviction qui rejoint pleinement les préoccupations des associations organisatrices de cette rencontre.

Voir l’intégralité de la rencontre

Photos de la rencontre

 

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