Intervention d’Evelyne Passegand-Reberg

Publié le 13/04/2026

Introduction par LVN

À Dijon, lors du rassemblement hebdomadaire en soutien au peuple Gazaoui Evelyne Passegand-Reberg (petite-fille de déportés, dont la famille vit en Israël) a transmis un texte.

Elle souhaite y identifier les causes de l’augmentation de l’extrême violence perpétrée par l’état israélien (armée, système carcéral) et par une frange d’extrême droite de la population israélienne sur la population palestinienne. De nombreux soutiens d’Israël s’indignent, se désolidarisent, et condamnent cette politique d’oppression.

L’atelier Solidarité Migrants a proposé à LVN de publier ce texte sur son Site.

Nous apportons en annexe certaines remarques et précisions, sans modifier le texte, qui reste sous la responsabilité d’Evelyne Passegand Reberg.

Intervention d’Evelyne Passegand-Reberg :

Je m’exprime ici en tant qu’adhérente à l’Union juive française pour la paix (UJFP), en essayant de répondre à la question si fréquemment posée : « Comment des Juifs dont les familles ont souvent connu la pire des souffrances dans les camps de la mort nazis peuvent-ils être devenus capables de perpétrer un génocide ? »

Tentons une réponse rapide. La faute (1) en revient au sionisme car avec le sionisme (mouvement politique né à la fin du 19ème siècle, visant à l’établissement puis à la consolidation d’un État juif en Palestine), des Juifs (2) ont changé de statut : en édifiant leur État sur le territoire d’un autre peuple, ils sont passés dans le camp des conquérants, des dominants.

Pendant des siècles, ils avaient appartenu au monde des minorités opprimées. Au 19ème siècle, la majorité d’entre eux vivait dans l’Empire tsariste (en Pologne, Ukraine, Roumanie, Hongrie, pays baltes…), où ils étaient soumis à la misère, aux discriminations et aux pogroms, si bien que nombre d’entre eux luttaient pour la justice sociale. C’est parce qu’ils connaissaient la discrimination, le rejet, que les intellectuels juifs alimentèrent la pensée critique du monde occidental. Et comme beaucoup de juifs (3) avaient adhéré au socialisme, ce fut en tant que « judéo-bolcheviques » que les Russes blancs en assassinèrent 40 000 après la révolution d’Octobre. Ce fut en tant que « judéo-bolcheviques » que plus tard les nazis assassinèrent par millions les membres de cette « race » dite inférieure (4).

Le sionisme n’avait guère de succès parmi les Juifs, qui plutôt qu’aller en Palestine, préféraient émigrer aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, mais ces pays fermèrent leur porte à l’émigration (5) dès les années 20 si bien que, lors de l’avènement du nazisme, des flots de Juifs (6) rejoignirent la Palestine… C’étaient des réfugiés. Mais dès qu’ils mettaient le pied en Palestine, et le plus souvent sans le savoir, disons même : innocemment, les réfugiés allaient devenir, aux yeux de la population palestinienne, des conquérants (7). Et durant la guerre de 1948, des expulseurs. L’Israël conquérant allait forger un Juif nouveau : musclé, armé, volontiers arrogant. Et en complicité avec cet État, une partie du monde juif a peu à peu muté.

C’est un problème qui nous touche, nous, Juifs antisionistes, parce que nous ne supportons pas que les sionistes se servent de la tragédie vécue sous le nazisme pour justifier leurs crimes (8). Nous nous disons avec horreur : jamais nos parents morts en camp n’auraient désiré devenir la caution de criminels… C’est comme si on les assassinait une deuxième fois.

Sous l’emprise de leaders sionistes qui eux, avaient leur projet de remplacement de la population palestinienne autochtone, l’Israélien a évolué, influencé par une propagande intense qui lui serinait : « Ce territoire est à nous depuis toujours » « Israël est notre refuge car nous avons été partout et toujours discriminés, persécutés ».

Au début du 20ème siècle, le monde arabe était en pleines luttes de décolonisation, si bien que fatalement, dès 1948, après avoir expulsé les deux tiers de la population palestinienne, Israël allait s’entourer d’une forte résistance (que de guerres contre les Arabes ! 1948, 1956, 1967, 1973, 1982, intifadas, 2006, massacres à Gaza : 2009, 2012, 2014, 2021, et… l’après 7 octobre). Or chaque guerre délivre son lot de propagande, de peur et de haine, de quoi asservir les esprits. Encore. Et encore. Et encore. Ce fut une dérive. En 1982, lors du terrible massacre de Sabra et Chatila (10), 400 000 Israéliens ont protesté contre le général Sharon. Ce serait impensable de nos jours : de victoire en victoire, de guerre en guerre, on devient plus raciste, plus violent et dans les territoires illégalement occupés, chaque jeune de 18 ans mobilisé a appris à humilier, à détruire, à tuer, et après le 7 octobre, c’est allé très loin, jusqu’au génocide (10).

Oui, le 7 Octobre (11) marque une étape.  Israël s’y est perdu :  l’enfer de Gaza. La terreur qui s’abat sur la Cisjordanie.  Cela pose question : Comment des Juifs ouvertement suprématistes racistes, prônant l’extermination de l’autre, ont-ils pu accéder au pouvoir ? Bien sûr, chacun sait que Netanyahou a eu besoin lâcher les fous, les loups, pour échapper à la justice. Mais ce qui interroge, c’est la montée de ces terroristes juifs. Pour qu’ils soient devenus si puissants, il faut bien qu’on les ait laissés prospérer depuis longtemps, qu’on les ait laissé s’introduire peu à peu au sein de l’administration, au sein de l’armée. Pourquoi ne les a-t-on pas interdits, sanctionnés tandis qu’ils créaient leurs avant -postes dits « illégaux » ? eh bien… sans doute…parce qu’ils avaient pour fonction de passer sous les radars pour terroriser et voler les terres. Ils sont la face cachée du grand remplacement qui se faisait à voix basse. Le refoulé, qui soudain, explose.

D’anciens haut gradés israéliens, reprenant les constats déjà formulés par des ONG et des organisations internationales : « Il ne s’agit pas ici de quelques émeutiers ou de “mauvaises herbes”. Ces actes de violence s’appuient sur un système organisé comportant plusieurs niveaux hiérarchiques institutionnels. Ce système a des objectifs clairs : vider de larges zones de toute présence palestinienne par le biais de menaces, d’atteintes graves à la vie et aux biens, ainsi que d’émeutes et de pogroms purs et simples ».

Si Israël avait été sanctionné lors de ses très nombreux manquements au droit international, sans doute n’aurait-il pas franchi toutes les limites. Mais dès sa création, ses puissants parrains occidentaux lui ont tout autorisé : expulser une population, lui interdire le droit de retour, occuper, coloniser, pratiquer l’apartheid. Les Occidentaux ont été les associés du crime.

Cette complicité aura amené les Israéliens, accueillis dans le camp des dominants, à plonger dans l’abîme.

Fini le paria d’autrefois. Fini le juif de gauche, sensible aux droits de l’homme, universaliste, antiraciste. Bonjour le colon, jusqu’aux crimes contre l’humanité.

L’écrivain américain El Akkad, s’adressant aujourd’hui aux Israéliens : « Sachez qu’une chose terrible vous arrive en ce moment. On vous force à tuer une part de vous qui autrement crierait pour s’opposer à l’injustice. (…) Battez-vous contre le vol de votre âme ».

Respect aux Juifs israéliens, hélas peu nombreux, qui se battent contre le vol de leur âme.

Évelyne Reberg, petite-fille de déportés, dont la famille vit en Israël.

Notes

  1. A l’usage du mot « Faute » peut être préféré un mot plus neutre tel que « responsabilité ».
  2. Précision concernant « des juifs « : en fait ce sont les Juifs qui ont soutenu la politique sioniste.
  3. Les populations juives concernées sont des Juifs ashkénazes qui vivaient dans l’empire tsariste.
  4. De nombreux juifs assassinés par les nazis dans les camps d’extermination l’ont été en tant que Juifs, sans référence au bolchévisme.
  5. Les Etats Unis, par l’immigration Act de 1924, fixent des quotas d’immigrants par pays d’origine. Entre 1932 et 1939, 247 000 Juifs entrèrent en Palestine, et 118 000 entre 1939 et 1948. Depuis sa création en 1948, 3,1millions de Juifs ont immigre en Israel, dont 1 million entre 1990 et 1999 suite à la dissolution de l’URSS. La diaspora juive était fortement encouragée à rejoindre Israel pour contrebalancer l’augmentation de la population palestinienne.
  6. A partir de 1939, la Grande Bretagne a souhaité limiter l’immigration juive en Palestine à 75 000 en 5 ans. Cette limitation n’a pas été respectée, en raison d’une forte immigration juive illégale de plusieurs dizaines de milliers
  7. Depuis les années 20, une politique d’achat de terres palestiniennes très active a été conduite, avec exclusions des employés agricoles palestiniens de ces terres.
  8. Durant les évènements récents, la lutte contre le terrorisme palestinien est davantage évoquée que les persécutions nazies pour justifier les persécutions et crimes des sionistes.
  9. Lors du massacre au Liban dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila perpétrés par des milices chrétiennes alliées à Israel, entre 1000 et 3000 palestiniens ont été tués, y compris de nombreuses femmes et des enfants.
  10. Le terme de génocide a été créé en 1944 par le juriste Raphael Lemkin en référence aux exterminations nazies, pour désigner l’extermination physique intentionnelle systématique et préméditée d’un groupe humain, (national, ethnique, racial ou religieux), en raison de ses origines. Concernant les massacres de Gaza après le 9 Octobre 2023, une commission internationale de l’ONU les a qualifiés de Génocide.
  11. En 2026, les causes de la carence sécuritaire de l’armée israélienne et des services secrets n’ont toujours pas été expliquées. Le gouvernement Netanyahou qui enchaine les opérations militaires n’a fait l’objet d’aucune enquête ni sanction.

 

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