La présidence du Conseil de l’Union européenne et l’importance des « petits » pays et les élections à venir en 2026

Publié le 16/02/2026

Article rédigé le 12 février 2026

Succédant au Danemark, et avant de passer la main à l’Irlande au 2e semestre, Chypre a pris le 1er janvier 2026 la présidence du Conseil de l’Union européenne.

Le calendrier, établi jusqu’en 2030, montre que, à part l’Italie au premier semestre 2028, la présidence de l’UE sera assurée par des « petits » pays : après l’Irlande, la Lituanie, la Grèce, – l’Italie donc janvier-juin 2028 – puis la Lettonie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Slovaquie, Malte (deuxième semestre 2030).

Comme l’indique Mathieu Hornung à propos de la présidence chypriote (1) le poids statistique d’un pays, en superficie, en population, en PIB, ne reflète pas l’ambition européenne de ces pays, peut-être même au contraire, ces pays pouvant être plus conscients de leur fragilité sur la scène internationale...

Selon Antonio Costa, président du Conseil européen, « la présidence du Conseil ne consiste pas simplement à présider des réunions ou à rédiger des documents. Il s’agit également de construire un consensus, de permettre le compromis et de faire avancer l’Europe d’une manière qui reflète la diversité de notre Union et les objectifs communs que nous partageons. ».

Actuellement, il est essentiel pour l’Union Européenne de croire en ses capacités, ses valeurs, son  pouvoir, sa place géopolitique, sa puissance économique et commerciale, pour peu qu’elle agisse de concert « unie dans la diversité » selon sa devise.

Mario Draghi, à qui on doit un rapport sur l’avenir de l’Europe (2), a prononcé récemment à l’Université de Louvain un discours dans lequel il appelle l’Union européenne à surmonter sa structure confédérale pour devenir une véritable fédération politique capable d’agir comme une puissance mondiale. Le 12 février, Antonio Costa, président du Conseil européen a convié les chefs d’Etats et de gouvernements afin de tracer une « feuille de route » sur la manière de réaliser certaines des recommandations du rapport Draghi ainsi que celui d’E. Letta. (3)

Sortant du bras de fer avec les Etats-Unis au sujet du Groenland, avec le gel provisoire de l’accord commercial, la menace d’enclencher l’instrument anti-coercition et celle de vendre des bons du Trésor américains, les dirigeants européens sont plus confiants dans leurs propres leviers. « L’Europe bashing finit par conduire à se ressaisir, et à comprendre que si l’Europe dérange tant, comme avec sa législation numérique, c’est qu’elle existe ».  (4)

Rappelons qu’au Conseil européen, selon les domaines définis par les Traités, les décisions sont prises  soit à l’unanimité pour tout ce qui est « intergouvernemental », soit à la majorité qualifiée (55% des États membres représentant 65% de la population) (5). Comme on le remarque actuellement, trois pays principalement sont récalcitrants : avec la Hongrie et la Slovaquie, la  République tchèque a opté pour se retirer du financement conjoint de l’UE pour l’aide à l’Ukraine en 2026-2027. On assiste à des tensions croissantes sur l’état de droit entre la Slovaquie et l’UE depuis le retour au pouvoir de Robert comme premier ministre en 2023. Les Pays-Bas, après leur nouvel accord de coalition, a proposé d’étudier la possibilité de réduire les financements européens et de suspendre les droits de vote des gouvernements jugés contraires aux valeurs européennes, citant explicitement la Slovaquie et la Hongrie.  Toute modification de gouvernement dans un pays membre a des répercussions sur les décisions prises ensemble.

C’est pourquoi, il sera important de surveiller en 2026 les élections attendues dans onze des vingt-sept pays membres de l’UE. Des partis d’extrême-droite pourraient progresser dans un certain nombre d’États, ce qui pourrait bousculer les équilibres européens. Les risques d’ingérence dans les élections sont manifestes, non seulement de façon sournoise par la Russie, mais aussi de façon plus explicite par les USA qui ont déjà annoncé dans leur document de Stratégie de Sécurité Nationale qu’ils encourageront les partis politiques « qui s’alignent sur leurs principes ».  A titre d’exemple, la Pologne vient de vivre une brève crise diplomatique avec Washington après que l’ambassadeur américain a menacé de rompre les relations avec le président du Parlement, Włodzimierz Czarzasty, en raison de son refus de soutenir la candidature de Donald Trump au prix Nobel de la paix. Le parti pro-Trump Droit et Justice a accusé le premier Ministre Donald Tusk de nuire aux relations avec les États-Unis.

Parfois même l’ingérence peut venir de l’intérieur des structures de l’UE.  Récemment, le commissaire italien (nommé par Giorgia Meloni), l’un des cinq vice-présidents exécutifs de la Commission européenne, Raffaele Fitto, qui a dans les attributions les fonds de cohésion, a participé en Slovénie à un événement de la campagne politique du candidat PPE, Janez Janša (élections le 22 mars).  La dirigeante de Renew au Parlement européen, Valérie Hayer, et la présidente des socialistes, Iratxe García, ont adressé une lettre à Ursula von der Leyen dans laquelle elles affirment que M. Fitto a enfreint le code de conduite des commissaires : « Une telle participation risque de nuire à la réputation de neutralité de la Commission ».

Si l’on envisage les élections 2026 de façon chronologique : (6)

1)   Au Portugal le 8 février, les 11 millions d’électeurs ont confié la présidence au candidat de centre-gauche António José Seguro (66.8%  des votes), qui a largement battu son adversaire d’extrême droite André Ventura (33.2%) Le nouveau président prendra ses fonctions en mars.

2)  En mars, un an avant le scrutin présidentiel de 2027, les élections locales françaises des 15 et 22 mars 2026 seront particulièrement scrutées. Les maires sont aussi de grands électeurs pour le Sénat.

3) En Slovénie, les électeurs désigneront leurs représentants au niveau national le 22 mars. À l’issue du scrutin, l’assemblée disposera de trente jours pour désigner un Premier ministre, qui devra obtenir le soutien de la majorité des parlementaires. Jusqu’alors mené par Robert Golob et le Mouvement de la liberté, parti de centre-gauche, selon les sondages, le Parti démocratique, principale formation d’opposition de centre droit, pourrait arriver en tête lors de ce scrutin. La formation d’un gouvernement pourrait s’avérer difficile, car plusieurs nouveaux petits partis auront leur mot à dire.

4) Le 12 avril, en Hongrie, Viktor Orbán dirigeant du parti Fidesz, est au pouvoir depuis 2010 (3 mandats). En tête des sondages pour les élections législatives depuis plusieurs mois, le parti d’opposition Tisza, dirigé par Péter Magyar qui s’est engagé à débloquer les fonds européens de cohésion gelés en rétablissant l’État de droit, à lutter contre la corruption, à ancrer la Hongrie dans l’UE et l’OTAN, à ouvrir la voie à l’euro et à réduire la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. Le pouvoir d’achat des Hongrois est aujourd’hui l’un des plus faibles d’Europe. Ce changement de leadership pourrait remanier les équilibres politiques au sein du Conseil européen à un moment crucial pour l’avenir de l’Ukraine.

5) Le 13 septembre 2026, les Suédois voteront lors des élections générales à la chambre unique du Parlement. Les députés, élus pour quatre ans, auront ensuite la responsabilité d’élire le Premier ministre.  Le parti social-démocrate suédois des travailleurs (SPA) – centre-gauche- actuellement à la tête de l’État, est la force politique dominante en Suède depuis le début du XXe siècle. Bien que son influence ait décliné depuis les années 1990 et qu’il doive faire face à l’essor des Démocrates de Suède, parti de droite radicale populiste, selon les estimations, il reste largement en tête des sondages.

6)  En Lettonie, les élections se tiendront le 3 octobre 2026. Marquée par un paysage politique fragmenté entre le centre-droit et la présence de plusieurs partis représentant la minorité russophone, la Lettonie pourrait être la cible potentielle d’interférences russes lors des élections. La Première ministre actuelle, Evika Silina, soutenue par une coalition de centre-droit, voit son parti en recul dans les sondages. La formation conservatrice d’extrême droite et eurosceptique National Alliance (NA), est créditée de 20 %, talonnée par Lettonie d’abord (LPV), un parti populiste membre du groupe Patriotes pour l’Europe au Parlement européen qui s’est à de nombreuses reprises démarqué pour ses prises de position pro-russes, notamment sur le conflit en Ukraine.

7)  Le Danemark se prépare pour des élections législatives en octobre (la date exacte reste encore inconnue). Les récents événements géopolitiques, notamment autour de l’avenir du Groenland, pourraient être au cœur de la campagne. Les récents sondages indiquent que le parti Social-démocrate de la première ministre, Mette Frederiksen, subit un net recul, bien que demeurant toujours en tête des intentions de vote.

8) En Bulgarie : élections présidentielle et législatives d’ici décembre.  Juste avant l’adoption effective de l’euro le 1er janvier 2026, le gouvernement de Rosen Zheliazkov a démissionné entraînant des élections législatives anticipées dans les prochains mois. Le 16 janvier 2026, la troisième tentative visant à former un gouvernement a encore échoué. La Constitution bulgare prévoit des élections dans les deux mois suivant la formation d’un gouvernement intérimaire. Par ailleurs, les élections présidentielles sont prévues d’ici novembre 2026.

9) En Estonie, le président de la République est élu au scrutin indirect par les députés estoniens, pour un mandat unique de cinq ans, non renouvelable. Le mandat de Alar Karis, proposé conjointement par le Parti de la réforme et le Parti du centre, expire le 11 octobre 2026 et une élection est attendue à l’automne pour élire son successeur.  Dans ce pays balte, à la frontière de la Russie, chaque scrutin est désormais surveillé en raison de la prolifération des interférences étrangères.

Les résultats de ce calendrier électoral 2026 auront de grandes conséquences. On ne peut qu’espérer que les citoyens de chacun des pays concernés s’y intéressent et participent activement, car c’est notre sort à tous d’être ainsi liés dans une Union toujours plus étroite. Malgré la croissance tumultueuse de ses ennemis internes et externes, l’Union européenne a répondu positivement à de nombreux défis bien exposés par Pier Virgilio Dastoli pour Sauvons l’Europe dans un billet en date du 9 fev 2026 auquel je renvoie « Pourtant elle tourne » (7).

Nicole Fondeneige -Vaucheret

(1) https://www.sauvonsleurope.eu/une-presidence-chypriote-de-lunion-qui-pesera-bien-plus-que-02/

(2) https://www.touteleurope.eu/economie-et-social/qu-est-ce-que-le-rapport-draghi-sur-l-avenir-de-la-competitivite-de-l-ue/

(3) https://www.touteleurope.eu/economie-et-social/enrico-letta-une-opportunite-historique-a-saisir-pour-l-europe/

(4)  https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/02/06/l-enjeu-de-la-resistance-a-trump-est-l-independance-de-l-europe_6665691_3232.html

(5) https://www.touteleurope.eu/institutions/le-conseil-de-l-union-europeenne/

(6) https://www.touteleurope.eu/vie-politique-des-etats-membres/quelles-sont-les-elections-a-surveiller-dans-l-union-europeenne-en-2026/

(7) https://www.sauvonsleurope.eu/et-pourtant-elle-tourne/

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