Quelle fraternité avec le vivant ? 

Publié le 25/11/2025

Article rédigé par Michèle Le Bars (LVN), d’après les apports en atelier des intervenants  Mouloud Aba (LVN Vaucluse) et Claude Veyret (écologie au quotidien, rencontres de Die) lors des Rencontres LVN 2025.

Une révolution silencieuse traverse nos manières de penser : et si nous cessions enfin de voir la nature comme un décor ou une ressource, pour la reconnaître comme une alliée, voire une sœur ? De Michel Serres aux fleuves dotés de droits, le vivant réclame sa place dans nos institutions… et dans nos cœurs.

La révolution du vivant

Avec le changement climatique et les métamorphoses environnementales, tout est ébranlé : les cycles saisonniers immémoriaux, les populations d’insectes, l’eau propre des rivières, la microfaune des sols… Les non humains sont entrés comme nous en vulnérabilité. Cette vulnérabilité partagée nous oblige à retrouver des relations avec le vivant, analogues à celles des Peuples Premiers, ou à en inventer de nouvelles. Qu’il s’agisse de soin, d’égards, d’alliance… d’autres manières de faire lien s’expérimentent. À défaut d’être encore pleinement instituées, celles-ci pourraient définir « une culture du vivant » originale, qui ouvre une voie alternative aux seules volontés de maîtrise et de domination.

Michel Serres, prophète du contrat naturel

En 1978, le philosophe Michel Serres proposait  un renouvellement de la réflexion philosophique : de même qu’il y a un contrat social entre les hommes, il y aurait un « contrat naturel »  qui élèverait la nature au rang de sujet de droit. Le « vivant » est à protéger. Ce mouvement devient puissant et inspire aujourd’hui philosophes, anthropologues,  et militants : Baptiste Morizot, Vinciane Despret, Bruno Latour, Nastassa Martin, Philippe Descola, Etienne Bimbelet, qui réinventent notre rapport au vivant, renouvellent pratiques et théories. Tous explorent une même évidence : nous ne pouvons plus habiter le monde contre lui. Mais ce mouvement est aussi contesté (cf. Francis Wolf) : accepter que l’humain n’est qu’un vivant parmi d’autres, c’est ébranler des siècles d’anthropocentrisme, concevoir tous les êtres vivants comme relevant d’un même type d’existence, leur attribuer ainsi la même valeur n’est, pour certains, pas concevable.

Des droits pour les rivières ? 

L’idée peut sembler folle : si la rivière qui coule près de chez vous pouvait être défendue en justice comme un être humain ou une entreprise ? Mais certains pays l’ont fait ! Cette innovation juridique majeure est issue de pays où la société civile estime que la Nature pourrait posséder autant de droits que les êtres humains.  En 2017, la Nouvelle-Zélande est devenue l’un des premiers pays au monde à accorder des droits à un fleuve. Les droits et les intérêts du Whanganui peuvent être défendus devant la justice. Le fleuve est alors représenté par deux personnes : un membre de la tribu maori et un autre du gouvernement. De plus en plus d’Occidentaux s’engagent dans cette démarche. Pour la première fois en Europe, un écosystème naturel la Mar Menor, une lagune située dans le sud-est de l’Espagne, a obtenu en 2017 le statut de personnalité juridique. Elle est représentée devant une juridiction au même titre qu’une personne ou une entreprise. Actuellement une coalition se développe pour préserver la rivière Drôme : partageant un même espace de vie, il s’agit de faire dialoguer les intérêts humains et ceux de la rivière. Le symbole est puissant : la nature entre dans le droit.

Instaurer de nouvelles relations avec le vivant. 

L’urgence écologique, dans laquelle nous sommes n’est plus théorique : l’habitat de l’homme devient plus précaire et menace de disparaître avec lui. C’est notre manière d’habiter la terre qu’il faut repenser : dans nos gestes quotidiens, nos choix, nos solidarités. Pour effectuer cette transformation, comptons sur les femmes : elles sont souvent la part consciente de  ce qui nous relie à la vie : qu’elles investissent massivement tous les lieux de décisions !

Emerveillez-vous du monde : Pour Claude Veyret, né dans le Vercors, c’est son amour de la terre et du territoire qui ont conduit son engagement écologique et sa volonté de préserver et régénérer le vivant. Il en parle simplement : « Pour moi, s’émerveiller, est naturel. Pour nos enfants, il faut les emmener en forêt ». S’émerveiller n’est pas fuir. C’est résister à l’indifférence. Lors de l’atelier, nous avons, par petits groupes, « recherché un moment oublié où nous avons senti la force du vivant », c’étaient de petits moments d’émerveillement…

Il ne s’agit plus seulement de « sauver la planète ». Il s’agit d’entrer en fraternité avec elle. Non pas pour la posséder, mais pour faire alliance.

Certains estiment qu’il s’agit d’une révolution de la pensée analogue à celle de la renaissance ou des lumières…

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