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- Foi / Sens de la vie -
Laurence et le service d’accompagnement des funérailles

« C’est le besoin de sens qui est primordial »

Propos recueillis par Yvonne Toussaint, Comité de rédaction

Laurence assure depuis trois ans, dans le cadre de sa paroisse, le service d’accompagnement aux funérailles.

En quoi cela consiste-t-il ?

J’assure le contact avec la famille et l’aide à préparer la cérémonie. Je prépare le mot d’accueil, centré sur l’identité et la vie du défunt. Je peux aussi proposer des textes, aider à les organiser.

Je me mets au service de la famille en souffrance, pour soulager, pour ne pas la laisser seule face à la mort. Souvent, les familles sont éloignées de l’Eglise, mal à l’aise. Leur choix d’une célébration religieuse est une forme de respect pour le défunt qui avait la foi, mais ce ne doit pas être un traumatisme.

Préparer le mot d’accueil est prétexte à l’échange qui libère la parole au moment du deuil, quelle qu’elle soit. Je suis contente quand les personnes peuvent me dire ce qu’elles ressentent, qu’elles évoquent leur relation avec la personne décédée. Lorsque je perçois des rancœurs, un problème familial qui n’est pas dit, c’est plus délicat et je m’en tiens aux faits.

Qu’est-ce qui t’a amenée à assurer ce service ?

Je ne savais pas que cet engagement existait. Comme j’assure l’animation liturgique, il m’est arrivé d’animer une messe d’enterrement et j’ai entendu le terme « accompagnement aux funérailles ». J’ai questionné par curiosité. Le curé m’a proposé une formation, que j’ai acceptée. Les membres de ma famille étaient réticents, craignant que je n’y laisse une part de ma joie de vivre… mais je pense qu’il n’en est rien.

Il s’agit d’un engagement paroissial ?

Oui, les chrétiens engagés parlent d’une mission, qui, pour ce qui me concerne, n’a pas été formalisée. Ça ne me manque pas vraiment, mon rôle étant reconnu par l’ensemble paroissial. Et je fais partie du « Conseil des Services », qui existe au sein de l’équipe paroissiale et du doyenné. En fait, la place qu’on occupe dépend essentiellement du célébrant qui fait participer ou pas les laïcs.

Tu es croyante, comment ta foi t’aide-t-elle ?

Je crois à la communion des saints. Je crois que les morts qu’on a aimés continuent à nous aider. Je suis en lien avec des personnes défuntes, je sens leur présence. C’est ce que j’appelle la résurrection.
Je reçois aussi une formation théologique, mais tout ne me parle pas. Par exemple, on nous demande de donner « l’espérance de la résurrection ». J’ai un peu de mal avec ces paroles-là. Mais j’espère que j’arrive à dire des paroles apaisantes, de réconfort. J’espère être pleine d’empathie.

Quelle est la part de ton expérience personnelle dans cet engagement ?
Lorsque j’ai fait l’expérience du désarroi devant la souffrance causée par le deuil, je suis allée me faire aider par une psychologue. Ensuite, ma propre parole a été libérée. Dans l’exercice de mon engagement, une formation psy m’aiderait. Je pense par exemple à la rencontre avec un fils en révolte, face au suicide de son père qui ne supportait plus de savoir son épouse condamnée. Je l’ai écouté le mieux que j’ai pu, mais je me suis sentie un peu démunie, j’aurais voulu pouvoir l’aider davantage, il souffrait tellement !

Peux-tu imaginer un service analogue déconnecté de la religion ?

C’est sûrement faisable, mais j’aurais du mal à transmettre un message en dehors de la foi. Pourtant, des cérémonies au crématorium peuvent être très belles et pleines de sens.

C’est le besoin de sens qui est primordial, et le rite est porteur, à condition d’être expliqué.

Celui de l’enterrement est beau, avec la lumière, symbole du passage de la mort et de la nouvelle vie (la résurrection), et l’encens, signe de respect.

Assurer ce service d’accompagnement aux funérailles change-t-il ta propre relation à la mort ?

J’y pense davantage. Je peux préciser ce que je voudrais, pour mon propre décès ou celui de mon mari.
J’ai appris que le décès d’un proche fait changer de vie, qu’elle ne sera plus jamais la même. Dans le chagrin, outre la perte de l’être aimé, il y a cette question : comment vais-je vivre dorénavant ? Or, une autre manière de vivre existe, on ignore simplement laquelle.

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