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Islande : le retour forcé à la simplicité

Agnès Moillo-Batt, comité de Rédaction

En 2007, le PIB par habitant de l’Islande atteint 40 000 euros. C’est l’un des plus haut du monde... Jusqu’à cet automne 2008 où les Islandais, pris dans la tourmente de la crise des subprimes américains, se sont réveillés avec une dette colossale. On devine le choc. Comment s’en sortir ?

Depuis les années 1980, l’Islande n’a cessé de montrer une image de plus en plus prospère au point d’être citée comme la meilleure élève de la doctrine libérale. Pour financer son développement et son appétit de consommation, le pays s’habituait à vivre au-dessus de ses moyens. Tout comme les ménages. Entre 2002 et 2007, le revenu des ménages avait augmenté de 45% alors que leur endettement avait doublé, ce qui est contradictoire ; leur mode de vie était quelque peu effarant pour un Français en visite.

En 2007, le PIB par habitant atteignait 40 000 euros. C’était l’un des plus haut du monde. Cette même année, la croissance du PNB était de 2,6% avec un chômage de 2,9%.

Au niveau personnel, pour un Islandais, acheter une voiture de luxe ou un 4X4 avec un prêt libellé en monnaie japonaise avec un taux variable, après avoir changé son salon et l’éclairage de son appartement, à crédit bien sûr, n’était pas extravagant.

Survient la crise. Le pays découvre l’énormité de sa dette. Les deux plus grandes banques du pays ont dû être nationalisées dans l’urgence pour éviter que le pays ne sombre dans la banqueroute ; la troisième a suivi, très vite. La couronne islandaise (ISK), a perdu toute sa valeur. Des milliers d’emplois ont été supprimés, dans les banques, dans les entreprises de transports, dans tous les domaines. Le chômage est monté à 10% (parti de 2,6%). « A peine née, ma fille a déjà une dette de plusieurs milliers de couronnes sur les épaules » clame un passant. Le pays doit accepter l’aide du FMI !

La Révolution des casseroles

Le pays, très vite, accuse le gouvernement en place depuis 18 ans de ne pas prendre la mesure des dommages (ou bien se réserve-t-il le temps de quelques derniers avantages ?). Pour les habitants, en plus des problèmes financiers auxquels ils doivent faire face, la blessure d’amour-propre est immense. Quelques individus quitteront le pays sous la réprobation générale ; on n’abandonne pas un bateau qui coule ! La majorité réagira de manière ferme mais pacifiste. Dans ce pays sans armée et sans dépenses militaires, l’habitude n’est pas à la révolte armée. Par contre, à partir du 20 janvier 2009, tous les après-midi, des milliers d’Islandais se réuniront sous les fenêtres du parlement et du premier ministre (les bâtiments sont proches) munis de tous les ustensiles de cuisine en leur possession (casseroles, louches...) pour « accompagner » les discussions de l’intérieur et dénoncer la politique ultra libérale dont ils ne veulent plus. Au bout de trois semaines, le gouvernement a cédé. Il a nommé une première ministre intérimaire, Johanna Sigurdardottir, en attendant les élections législatives fixées au 25 avril 2009.

Les artistes, par vocation les plus prompts à mettre en scène leur pensée, expriment la fierté de tous d’avoir fait la « révolution des casseroles ». « Toutes nos valeurs ont changé en quelques semaines. On a passé des années à ne penser qu’à l’argent, à acheter, des voitures, des fringues, des maisons, à prendre de nouveaux crédits ; c’est fini » clame une autre. Les Range Rover sont qualifiées de Game over !

Des cours de gymnastique

La première ministre, nommée dans l’attente des élections, évoque dès son arrivée le retour à des standards de vie plus simples au niveau de la nourriture, poste de dépense important, vu le niveau des importations dans ce domaine, mais aussi de la consommation d’objets. Elle ne dispose pas d’un gros budget mais de bon sens et d’une volonté de marquer les esprits. Ayant, en premier, sécurisé les habitants qui ne peuvent plus payer pour l’acquisition de leur appartement, le gouvernement intérimaire fait distribuer aux chômeurs des cartes donnant droit à des cours de gymnastique. L’objectif est de maintenir l’existence de liens sociaux et d’encourager des gestes simples en faveur de la santé des chômeurs. Chaque passage doit être coché. Une fois remplie, la carte est échangée contre une nouvelle Ainsi, les bénéficiaires ont, plusieurs fois par semaine, une chance de rompre leur isolement.

Chacun est responsable

Beaucoup attribuent la « jeunesse » de certains comportements à ce qu’un artiste qualifiera d’« immaturité » de la population face à la finance, mais globalement apparaît l’acceptation que chacun a sa part de responsabilité. Le retour à la simplicité que plus d’un prônent sera plus ou moins douloureux mais au moins est-il évoqué dès les premiers mois de la crise.

Le reste, à long terme essentiel, l’élucidation de l’imbroglio financier est du ressort des experts nommés par la première ministre autour d’une avocate franco-norvégienne, qui a fait ses preuves en France, quand elle s’est penchée sur les dossiers d’Elf, Eva Joly. Engagée pour diligenter une enquête de grande envergure, dans laquelle l’Islande est prise comme un « laboratoire qui va permettre de comprendre comment les banques opèrent partout dans le monde », saura-t-elle les éclairer et faire que la révolution des casseroles reste dans cette histoire de violence financière comme un symbole de la marche vers la simplicité ?

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