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La destruction des agricultures du Tiers-monde, ou...

Atelier alimentation et PAC, Jean-Claude Devèze

Par Monique Langevin, Groupe du Luxembourg

Au cours des décennies passées, de multiples problèmes sont apparus dans le domaine alimentaire et agricole. Le plus important est la destruction des capacités de production agricole de beaucoup de pays en voie de développement par des politiques de dumping des prix pratiqués notamment par l’Europe et les USA. Ainsi, alors que les statuts de l’OMC interdisent formellement le dumping agricole, sur le marché mondial le coton américain se négocie, grâce aux aides que les USA donnent à leurs agriculteurs, à des prix inférieurs de 30 à 40% à celui du coton africain. Quand on sait que cinq pays africains vivent presque exclusivement du coton (par exemple au Mali où 85% des revenus proviennent de cette matière première), on voit facilement l’impact que ce mépris des règles internationales peut avoir sur l’économie d’un pays. Mais que peuvent-ils faire face aux poids lourds que sont les USA et l’Union européenne ?

Quand le paysan, qu’il soit africain, indien, latino... ne peut plus vivre des fruits de son travail, il ne lui reste plus qu’à aller grossir les bidonvilles des grandes métropoles, ou à se suicider comme ce fut le cas de plus de 100 000 paysans indiens entre 2001 et 2007. C’est pourquoi tout doit être fait pour parvenir à la souveraineté alimentaire des populations.

Ce concept de souveraineté alimentaire émerge de plus en plus. Cette notion se base sur le droit des peuples à définir leur propre politique alimentaire, sur l’autonomie alimentaire et l’élimination du dumping d’aliments, et enfin sur la protection et la réglementation de la production et des échanges agricoles dans une optique de développement durable.

Réussite et effets pervers

La PAC répond-elle à ces objectifs ? Il est indéniable que l’objectif, vital au sortir de la seconde guerre mondiale, d’alimenter les Européens a été atteint par l’Europe. Mais 47 ans après, on peut en mesurer les effets pervers. L’exigence d’augmentation de la rentabilité a nécessité une augmentation de la taille des fermes et la disparition des petits exploitants moins productifs. Elle a été accompagnée de l’utilisation intensive d’engrais et de pesticides ; avec bien du retard on a pris conscience de la détérioration de notre environnement, et des directives européennes en faveur de sa protection ont vu le jour, mais ce n’est pas gagné. Or, les exploitations familiales de petite taille qui produisent dans le respect de l’environnement sont les acteurs essentiels du développement rural. Elles fournissent non seulement des produits de qualité mais également différents services d’intérêt général tels que l’entretien du territoire, le développement rural ou la préservation de la biodiversité.

Des questions simples mais essentielles se posent : quelle agriculture voulons-nous ? Jusqu’où doit aller notre recherche de la souveraineté alimentaire ? Quid du commerce équitable ? Comment concilier importations, exportations, acheter local afin de réduire les coûts de transport ?

Mais il ne faut pas non plus oublier les effets pervers que les subventions fournies par la PAC ont eu pour les pays pauvres.

Tant pis pour les pays pauvres

De la souveraineté alimentaire pour l’Europe, on est passé à la destruction de la souveraineté alimentaire pour les pays pauvres incapables d’offrir des produits agricoles aux prix de ceux, subventionnés, que l’Europe et les USA pouvaient mettre sur le marché, en faisant un véritable dumping pourtant parfaitement interdit par l’OMC.

C’est ainsi que l’on a, au cours des décennies passées, détruit la plus grande part de l’agriculture des pays pauvres qui se retrouvent aujourd’hui obligés d’importer une très grande partie de leur nourriture. De plus, les pays riches se servant évidemment en premier selon leurs besoins, le marché mondial des produits agricoles n’est fait que d’« excédents ». Les prix sont donc extrêmement sensibles à la fois aux aléas climatiques et à la spéculation.

D’autres raisons structurelles s’ajoutent aux problèmes rencontrés aujourd’hui : l’augmentation de la population entraîne l’augmentation de la demande, l’augmentation des coûts de l’énergie, l’extension des villes qui conduit au grignotage des terres agricoles, etc.

A ces causes structurelles s’ajoutent des causes conjoncturelles : la hausse de la demande de produits alimentaires dans les pays émergents, notamment la Chine et l’Inde, dont le niveau de vie augmente, pousse à la consommation de céréales afin d’alimenter le bétail. L’augmentation du prix du pétrole (même si entretemps son prix a partiellement reflué) a poussé la demande en agro-carburants comme alternative aux hydrocarbures. Cela a aussi conduit à des restrictions récentes imposées par plusieurs pays du Sud à l’exportation de certains produits agricoles de base dans le but de garantir la sécurité alimentaire de leur population, etc.

Le résultat a été patent en 2008 : le prix des produits agricoles a flambé, touchant de plein fouet les populations les plus pauvres et provoquant dans nombre de pays des émeutes de la faim.

Comment être équitable ?

Il est ressorti des discussions - le résultat ne doit pas nous étonner - que nous voulons la souveraineté alimentaire pour toutes les populations du Nord comme du Sud. Nous voulons des prix justes pour les produits agricoles. Nous voulons que les agriculteurs puissent vivre dignement de leur travail... mais reste à définir le « COMMENT atteindre ces objectifs ? »
Est-ce que les gouvernements des 27 pays de l’UE vont accepter de revoir la PAC afin qu’elle soit équitable pour les petits agriculteurs du Nord comme pour les petits paysans du Sud ? Alain Lipietz, député européen, qui participait à la table ronde, a souligné la crainte qu’il avait d’un simple démantèlement de la PAC au lieu de la mise en place d’une politique audacieuse visant la souveraineté alimentaire des grands ensembles régionaux de la planète. Pour lui, il y a un espoir : que les Européens prennent conscience de l’urgence qu’il y a à « sauver la planète tous ensemble ».

Il n’y a pas de solution simple à une question aussi complexe.
Par contre, les éléments de solutions sont parfaitement connus.
C’est la volonté de les négocier et de les mettre en œuvre qui manque du côté des plus forts, de notre côté ! Et c’est notre responsabilité de citoyens de dire à nos dirigeants que nous voulons une solution durable et juste, à commencer pour les plus faibles, et que nous attendons d’eux qu’ils le fassent. Il y va de l’intérêt des plus pauvres mais c’est aussi l’intérêt de la paix pour nous tous.

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