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- Mondialisation -

Politique agricole commune et crise alimentaire

Par François Papy, Secteur Politique

Après la seconde guerre mondiale, la politique agricole française, puis européenne (PAC) a pour but d’alimenter la France, puis l’Europe et d’assurer la rémunération du travail agricole à parité avec les autres secteurs. En 1962, la PAC institue, au sein de la Communauté, un marché unique avec un soutien des prix sans limitation de quantité et un système de taxes sur les produits importés. Cette politique atteint ses objectifs. Mais, en favorisant une agriculture intensive, elle concentre la production aux mains d’un petit nombre et entame les ressources de la planète ; en bradant ses excédents, elle contribue à détruire les agricultures du Sud.

Dans les années 1980, le choix des dirigeants du monde occidental, d’une économie de marché à l’échelle mondiale conduit à modifier la PAC. Pour préparer les négociations internationales, qui, en 1994, vont aboutir aux accords de Marrakech et à la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la PAC, en 1992, fait un tête à queue : réduction du soutien des prix pour arriver progressivement aux prix du marché mondial, compensation des pertes de revenus par l’octroi aux agriculteurs de primes par cultures et types d’élevage. En France, ces aides, d’autant plus fortes que les agriculteurs sont plus productifs, renforcent l’inégalité entre producteurs.

A l’OMC, ces aides tombent sous le coup de critiques à la libre concurrence. Aussi une nouvelle réforme de la PAC intervient-elle en 2003 dont le principe veut que les aides ne doivent pas influencer la production. Un paiement unique est accordé à chaque exploitation, indépendant du volume et de la nature des productions, subordonné au respect de normes environnementales. Le marché oriente la production, le paiement unique soutient le revenu. En France, l’aide avantage, encore une fois, les gros revenus en raison de son calcul sur une référence historique.

La politique agricole mondiale discutée à l’OMC est très défavorable aux agricultures des pays en développement qui prennent de plein fouet la concurrence des agricultures des pays riches, sans bénéficier, comme elles, d’une politique compensatoire d’aide au revenu. Ce phénomène est accentué par les programmes d’ajustement structurel du fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, imposés aux pays pauvres pour les forcer à rembourser leur dette. Ils consistent à abaisser les tarifs douaniers, au-delà même des exigences de l’OMC, et à développer, pour faire rentrer des devises, des cultures d’exportation plutôt que vivrières.

Après la crise alimentaire de 2007-2008, due à la fois à une hausse temporaire des prix des denrées de base et une crise structurelle du pouvoir d’achat des populations pauvres, comment concevoir une autre politique alimentaire planétaire ? Comment l’Europe, qui doit revoir en 2013 sa politique agricole, pourra-t-elle participer au défi du XXIe siècle : nourrir 9 à 10 milliards d’habitants en 2050 en préservant les ressources de la planète ? Comment associer maintien du tissu et développement rural à l’intérieur de l’Union européenne d’une part et, de l’autre, restauration du secteur agricole dans les pays en développement ?
Les deux ateliers sur l’urgence alimentaire/PAC seront animés par Jo Serin et Jean-Philippe Marcy, avec pour intervennant François Papy et Jean-Claude Devèze, agronomes.

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