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Guillaume Duval et Pascal Durand, deux sensibilités pour appeler au vote

Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives économiques, a introduit le thème du week-end : Urgence Europe, votons ! Dans la foulée, Pascal Durand, eurodéputé, a ouvert la partie consacrée au rôle des parlementaires européens dans la construction de l’Europe. Par leur complémentarité ces deux interventions nous ont fait découvrir une même conviction et deux sensibilités, toutes deux fondées sur une analyse critique de la situation actuelle, et ouvrant sur des perspectives : l’une guidée par la raison et l’autre par le cœur.

Guillaume Duval : Des opportunités pour changer l’Europe
Guillaume Duval part d’un constat : les Européens (il parle en fait plus particulièrement des Français, puisque c’est eux que nous avons à convaincre) ne sont pas contre l’Europe, convaincus, que réduit à lui seul, chaque État ne pèse pas lourd dans le monde. Ils constatent ce qui ne va pas et en sont déprimés, ne voyant pas comment ça peut changer. Aucun projet ne se dessine.

Or nous dit Guillaume Duval, il n’y a jamais eu autant d’opportunités d’origine externe comme interne. Dans la politique de Trump il voit des opportunités pour l’Europe de construire une défense collective autonome, de stimuler une politique européenne du numérique, de relancer des politiques d’investissement à partir des excédents extérieurs de la zone euro, plutôt que de céder à la rigueur budgétaire excessive des Allemands. Face à la politique agressive des entreprises chinoises très liées à l’État, il voit naître la prise de conscience qu’il faut harmoniser les résistances sans attendre le moindre appui de Trump. Dans la dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de la Russie, il voit l’incitation à accélérer la transition énergétique, et dans l’agressivité de Poutine à l’égard des pays de l’Est de quoi calmer leur ardeur eurosceptique. Au cas où le Brexit n’y suffirait pas !

Les dissensions internes sont vues également comme des opportunités. Que les Italiens, depuis toujours bons élèves de l’Europe, se soient mis sous la houlette de Salvini doit faire réfléchir les Français sur l’hypocrisie de leur politique migratoire et l’ensemble des européens sur la nécessité de construire une politique commune de l’immigration. Les Allemands commencent à percevoir les inconvénients de forts excédents commerciaux hors de la zone euro, soumis aux turbulences géopolitiques, et le manque d’investissements dans leurs infrastructures. Cela devrait les faire réfléchir sur les limites du modèle qu’ils n’ont cessé d’imposer à leurs voisins.
Bref toute cette turbulence est une occasion à ne pas laisser passer pour relancer l’Europe. C’est le moment ! Quelle part peut y prendre la France ? Macron veut en être le moteur, mais il ne propose guère que des politiques calquées sur le modèle allemand, qui sont à l’origine de l’euroscepticisme. Alors ?
Un large espace reste ouvert à l’invention.

Échos du Parlement par un eurodéputé : Pascal Durand
Le Parlement européen peut être un lieu d’invention. C’est ce qu’explique Pascal Durand, qui en présente le fonctionnement de l’intérieur. Espace démocratique constitué d’élus à la proportionnelle intégrale sur scrutin de liste, le Parlement européen représente les peuples, alors que le Conseil représente les États. Il se distingue des Parlements nationaux car les élections ne sont pas faites pour lui donner une majorité mais pour traduire la diversité des opinions des peuples européens. Aussi est-il le lieu, après de longues délibérations, d’une recherche de majorité par thème. Il codécide avec les Conseils. La transparence est la règle dans les commissions parlementaires et les assemblées plénières. Tout est public sur le site du Parlement. Mais les shadow meetings, destinés à faire accepter les décisions du Parlement par les Conseils se font dans le secret habituel de la diplomatie. Le Parlement européen est beaucoup plus porté vers la solidarité entre États que ne le sont les Conseils. Il a pris progressivement une plus grande liberté d’initiative.

Le prochain scrutin va être déterminant. Les deux partis qui avaient le plus de poids, PPE (Parti populaire européen) et S&D (Socialists & Democrats) sont en crise. A droite, les barrières tombent : des néonazis sont alliés à la CDU, Tajani fait l’éloge de Mussolini, Orban a eu droit à des applaudissements nourris. Les tendances nationalistes qui prennent partout de l’ampleur vont se traduire au Parlement, d’autant plus que les eurosceptiques qui crachaient auparavant sur l’Europe ne se disent plus anti-européens : ils veulent une Europe des Nations et la concurrence généralisée qui va avec. Jusqu’où ira cette montée des nationalistes ? C’est l’enjeu de ces élections. Un enjeu de civilisation. Jusqu’où la droite conservatrice va-t-elle être attirée par les souverainistes ? Où le curseur va-t-il se situer par rapport à Orban au sein du PPE dont font partie la CDU d’Angela Merkel et Les Républicains français ?

Les groupes parlementaires vont se recomposer. Y aura-t-il suffisamment d’européens humanistes pour construire un destin commun, fondé sur des solidarités sociales et environnementales, pour imposer aux chefs d’États et de gouvernement un Président de la commission qui porte le souci du bien commun ?
A nous de jouer.

François Papy
Atelier Politique de LVN

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