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La météo politique - juin 2018

Politique intérieure

Macron va au-delà de son programme. Bien sûr il avait averti qu’il procéderait par ordonnances, qu’il reverrait le code du travail, notamment pour augmenter la flexibilité, qu’il supprimerait l’ISF et réduirait l’imposition des revenus du capital par un prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % [1], …. On pouvait facilement en déduire qu’il aiderait d’abord « les premiers de cordée » ; on pouvait deviner qu’il réduirait le rôle du parlement, des corps intermédiaires, … Mais on n’avait pas compris qu’il irait jusqu’à supprimer « l’exit tax » [2] ….. et, surtout qu’il mènerait une telle politique vis à vis de l’immigration après les beaux discours prononcés avant l’élection.
Certains ne sont guère étonnés du peu de cas qu’il fait des débats démocratiques. Sous prétexte d’efficacité l’urgence devient la règle. Le passage en force également. Macron décide de tout, dérivant vers un régime monarchique. L’ancien monde, certes, disparaît. Mais c’est au profit de l‘ancien régime ! A part, peut-être des hommes qu’il n’a pas nommé (le défenseur des droits, le président de la Cour des Comptes….) Macron, le séducteur, tient bien son monde qui est sensible au fait qu’il a sauvé la France d’un gouvernement populiste. Et les récentes élections en Italie et Slovénie renforcent l’argument.
Face à lui pas d’opposition politique. Par pragmatisme il a su se faufiler entre droite et gauche et, à droite comme à gauche, piquer des hommes. Il a ainsi fragmenté les oppositions. Dans la rue plusieurs oppositions, mais qui ne coagulent pas car il n’existe pas de vision globale qui pourrait les unir.
Au sein de la majorité, des consciences commencent à s’émouvoir, sans toutefois se constituer en fronde. Des « whips » [3] sont là pour y veiller.

Europe

Sur l’Europe Macron a incontestablement des idées pour relancer l’Institution. Des idées. Et des mots. Ne souhaite-t-il pas une harmonisation sociale (un salaire minimum dans tous les pays), fiscale et environnementale sans laquelle le marché libre est faussé ? Ne plaide-t-il pas pour un parlement et un budget substantiel de la zone euro sans lequel l’Europe aura toujours peu de poids face au dollar ? Pour les européens que nous sommes n’est-ce pas là une idée de ce que l’Europe aurait toujours dû être ? N’est-ce pas une raison de reconnaître à Macron un rôle moteur en Europe ?
Mais aujourd’hui, toujours très divisée, en proie à un populisme qui se généralise et à une droite toujours dure en Allemagne, l’Europe peut-elle se refonder ? A la fois par un changement dans les traités mais aussi dans ses institutions. Nous trouvons que le fonctionnement du conseil européen n’est pas transparent. Comment se fait-il que dans leur pays les gouvernants se défaussent sur « Bruxelles » des décisions qu’ils ont prises en conseil ? Devant qui sont-ils responsables ?
Et puis encore faudrait-il que la France ait un comportement exemplaire ; qu’elle n’entre pas dans la course au moins disant fiscal par une réduction d’imposition sur les revenus du capital et les bénéfices des entreprises. Et surtout, en rejetant vers l’Italie les migrants qui cherchent à franchir la frontière la France n’a-t-elle pas une responsabilité importante dans les résultats des élections législatives qui ont placé au pouvoir des forces populistes ? Comment l’Europe a-t-elle pu en arriver au règlement de Dublin portant sur l’application du droit d’asile sans avoir le moindre soucis de la solidarité entre pays face à un mouvement migratoire qui n’en est qu’à son début ?
Il faudra approfondir ces points pour se préparer aux prochaines élections du parlement européen du 26 mai 2019.

Moyen Orient

Que dire de l’inaction des puissances internationales à la suite des événements de Gaza ? Réprimées à l’arme à feu les manifestations pacifiques de foules palestiniennes ont abouti à plus de 120 morts civils sans réaction autre que verbale. Nous ne pouvons guère attendre mieux de notre président qui, lors de la commémoration du 75e anniversaire de la rafle du Vel d’hiv en présence de Netanyahu a dit (comble de la confusion !) : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme car il est la forme réinventée de l’antisémitisme ».
Où chercher l’espoir dans ce cercle vicieux de la haine ? Peut-être dans le mouvement des femmes, israéliennes et palestiniennes, qui militent ensemble pour la paix. Leur force est dans leur faiblesse.

[1C’est ce qui est appelé « flat tax ».

[2L’exit tax a été mise en place en 2012 par le gouvernement de Nicolas Sarkozy pour combattre l’évasion fiscale pratiquée par les très riches à un moment où la dette publique s’envolait. Macron a annoncé sa volonté de la supprimer en 2019.

[3Whip qui signifie fouet en anglais désigne aussi un parlementaire chargé de la discipline dans son parti.

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