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- Europe -

Pourquoi nous avons besoin de l’Union européenne

Nicole Vaucheret
Atelier Politique de LVN

Si 1917 fut une année qui "ébranla le monde", année des occasions perdues de faire la paix, où l’Europe est sortie affaiblie pour longtemps et "grosse de nouveaux conflits" [1], comment les historiens qualifieront-ils 2017, année électorale majeure pour l’Europe – élections présidentielles et législatives en France, élections législatives aux Pays-Bas, en Allemagne, élections en Hongrie et en République tchèque…– qui fêtera les 60 ans de son traité fondateur (Traité de Rome, 1957) et risque à nouveau sa survie, ou à tout le moins de sortir affaiblie pour longtemps des crises qu’elle traverse, voire de se laisser entraîner dans des nouveaux conflits ? La page pourrait-elle se refermer après ces 70 ans de paix sur notre continent ?

La déclaration Schuman du 9 mai 1950 a initié la "méthode communautaire" caractérisée par des "transferts de souveraineté" dans des domaines où il était plus efficace, et garant de paix pour les pays européens, de travailler ensemble plutôt qu’au niveau national. Ces institutions constituaient l’embryon "d’une Fédération européenne indispensable à la préservation de la paix”.
En 1919, Paul Valéry écrivait que les Européens de l’Ouest prennent conscience du risque que l’Europe ne devienne "un petit cap du continent asiatique" [2]. En 2017, les USA se retirent de l’OTAN et demandent aux pays européens d’assurer eux-mêmes leur protection, la Russie veut renouer avec son passé impérial, la Turquie rêve de la puissance ottomane. Aucun de ces trois pays, pas plus que la Chine ou les grands pays émergents qui seront dominants en terme de population en 2050, n’est porteur des valeurs qui font "le modèle européen" alliant efficacité économique, cohésion sociale, respect de l’environnement, combinés dans un cadre démocratique. Comme un groupe de 28 personnes qui seraient au milieu du gué sous forte tempête (l’un ayant déjà décidé de retourner en arrière), les pays européens doivent voir d’où ils viennent et avoir la vision de là où ils veulent aller dans 100 ans. Il n’y aura pas de retour vers un passé mythique où les pays coloniaux se partageaient le monde et vivaient sur les richesses de pays exploités, et heureusement ! Chaque homme dans ce monde a droit à sa dignité et à vivre paisiblement dans le pays où il naît.

Pour cela, l’Union européenne doit exister politiquement, renforcer sa cohésion, être facteur du maintien de la paix, car l’échelle européenne est plus pertinente sur la scène internationale que chacun des États pris isolément.

La question européenne prend une place importante dans le débat national ; mais au lieu de nous demander pourquoi nous avons besoin de l’Union européenne, celle-ci est trop souvent brandie comme un bouc émissaire permettant d’évacuer à bon compte les responsabilités nationales. "Face aux menaces sécuritaires, mais aussi face au changement climatique, à la dépendance énergétique, à la finance folle ou aux migrations incontrôlées, les solutions strictement nationales sont inopérantes. Au contraire, sur ces thèmes, nous avons des préoccupations, des intérêts et un avenir communs avec les autres Européens." [3]

300 personnalités lancent un appel pour relancer l’intégration européenne ; elles invitent la société civile à participer à une "marche pour l’Europe" le 25 mars prochain à Rome. "La crise économique et financière en a appauvri plus d’un. Le chômage des jeunes risque de créer une génération perdue. Les inégalités se creusent et la cohésion sociale se retrouve en péril. La guerre et l’instabilité frappent le voisinage immédiat de l’UE, de l’Ukraine à la Turquie, en passant par le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. L’afflux de réfugiés et de migrants est devenu un problème structurel que nous devons affronter ensemble, d’une manière durable et dans le respect des droits de l’Homme. Dans de nombreux États membres, nous assistons à l’émergence de tendances autoritaires ainsi qu’à la montée des extrêmes et de la xénophobie. La démocratie et les valeurs fondamentales de la civilisation européenne contemporaine sont menacées. L’UE en tant qu’organisation est remise en cause, bien qu’elle ait garanti la paix, la démocratie et le bien-être des populations pendant plusieurs décennies", écrivent les auteurs. [4]

À l’occasion du soixantième anniversaire des traités de Rome – après le sommet européen de Bratislava (le 16 septembre 2016), et le sommet de Malte (3 février 2017) – ces personnalités enjoignent aux chefs d’États et de gouvernements européens de fusionner leur vision avec celle des fondateurs de l’UE, et "d’exploiter immédiatement" tous les instruments du traité de Lisbonne afin de renforcer les politiques et les institutions européennes, surtout en matière d’affaires étrangères, sociales, sécuritaires et économiques.

Dans un livre blanc publié le 1er mars, Jean-Claude Juncker a présenté cinq manières de surmonter les défis auxquels l’Europe se trouve confrontée au lendemain de la décision du Royaume-Uni de quitter l’UE.
S’appuyant sur le rapport des cinq présidents [5], ce texte présente cinq "scénarios" qui vont du "statu quo" aux ambitions les plus intégratrices, en passant par une Europe à géométrie variable, en fonction de ce que les États – et les peuples – seront prêts à déléguer comme domaines de souveraineté. [6]
Cinq "documents de réflexion" suivront jusqu’au Conseil européen de décembre 2017 : sur la dimension sociale de l’Europe, la maîtrise de la mondialisation, l’approfondissement de l’Union économique et monétaire, l’avenir de l’Europe de la défense, l’avenir des finances de l’UE.
Quelle "nouvelle vision" de l’Europe sortira de l’année 2017, après la déclaration de Rome et les élections à venir ? Les citoyens choisiront-ils de "rester unis dans la diversité" ?

[1Référence à un article d’Alternatives Economiques n° 364 de janvier 2017 p. 110-111

[2Paul Valéry, La crise de l’esprit, 1919

[5Les cinq présidents - le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avec le président du Conseil, Donald Tusk, le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, et le président du Parlement européen, Martin Schulz – (22 juin 2015)

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