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Partager un habitat dans la durée… dès avant la première pierre


La ville de Strasbourg joue un rôle essentiel dans le développement de l’habitat participatif.
Elle suscite les projets depuis 2009 en proposant des terrains sur la base d’un cahier des charges, notamment dans des éco-quartiers en gestation. Après plusieurs campagnes de communication, elle accompagne les familles ou les groupes d’habitants qui veulent se lancer dans la démarche, en mettant en place des ateliers de formation et en créant des synergies entre les différents acteurs institutionnels.

Souvent inspirés des projets de vie allemands que nous avions découverts lors du voyage à Fribourg, les projets respectent les trois piliers du développement durable :

  • le social : en proposant des espaces de vie collective (salle commune, chambre d’amis, buanderie, jardin partagé) et des moments de convivialité, en favorisant l’entraide et les relations de bon voisinage, tout en respectant l’autonomie de chacun ;
  • l’économie : en favorisant les filières environnementales de construction et en proposant des logements d’une grande qualité à des prix comparables au marché du neuf ;
  • l’environnement : en favorisant les techniques économes en énergie et des matériaux sains, ainsi qu’en encourageant les comportements de vie éco-responsables.

Mais chaque projet est original, par sa conception, son évolution, son architecture.

Des projets d’habitat participatif tous uniques en leur genre

Nous en avons visité trois, avec des guides enthousiastes.

  • Les habitants d’Eco-logis, dans le quartier de Neudorf, sont les précurseurs, et souvent les conseilleurs ; les projets suivants s’inspirent beaucoup de leur démarche. Ils se sont eux-mêmes cooptés avant de choisir un architecte, allemand, qui réponde aux besoins étudiés par leur collectif. Il aura fallu six ans de persévérance pour mener à bien la réflexion, l’achat du terrain, les négociations financières et pour qu’ils s’installent, en 2010, dans leurs onze logements, leurs locaux et leur magnifique jardin partagés.
  • Pour le projet K’hutte, notre hôte est Bertrand Barrère, urbaniste de formation. Il a été sollicité par la SERS (société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg), pour aménager un terrain destiné à l’habitat participatif, dans l’éco-quartier de l’ancien site des brasseries Kronenbourg. Avec un collègue, il a fondé « UNANIMM », un service de montage et d’accompagnement de projets. Grâce à des ateliers réguliers et des journées avec l’architecte, les futurs habitants ont créé des liens et peaufiné leur projet d’habitat partagé. Le projet K’hutte est lui-même un prototype de montage, d’animation, de démarches financières. Ce lieu de vie partagé regroupe des bureaux professionnels, des logements pour quatre handicapés vivant ensemble (association des traumatisés crâniens), un centre pour produits artisanaux tibétains, dix ménages, six investissements locatifs, un gîte meublé. L’aboutissement du projet, prévu pour l’été 2015, a demandé cinq ans.
  • Le projet Ecoterra est réalisé dans l’Eco-quartier Danube, en construction sur une ancienne friche portuaire et industrielle. En 2014, le promoteur social, Habitat de l’Ill, société coopérative d’HLM, a commencé le bâtiment à énergie positive. Les quatorze appartements ont été livrés prêts à décorer (sols, murs…) en juillet 2015.
    Pour devenir propriétaire, il fallait déposer un dossier comportant une lettre de motivation, et avoir un revenu inférieur à 2 000 € par mois.
    Des rencontres régulières sont organisées entre copropriétaires. Ils ont commencé à rédiger un règlement de maison, puis une charte.

Eco-logis et K’hutte sont des projets en autopromotion. Ecoterra est en accession sociale sécurisée. Mais la démarche de la société HLM pour impliquer les habitants s’inspire des pratiques des autres.

L’intérêt de l’autopromotion est multiple :

  • Un avantage économique : le prix de revient est d’environ 3 300€ le m2, pour des appartements de qualité. Les coûts sont transparents.
  • Une dimension humaine : on met en relation les propriétaires, ils apprennent à se connaître, voire dans certains cas à entreprendre et à faire des choix ensemble avant leur installation. Cela crée de la solidarité, de la rencontre qui augure bien des futures relations de voisinage.
  • Un logement personnalisé : les attentes individuelles sont intégrées dans les discussions et les plans élaborés avec l’architecte.

Reste à réussir « le vivre ensemble » dans la durée. Pour Eco-logis, un comité de maison, et un comité des enfants animent et gèrent le quotidien. Notre visite a eu lieu lors d’une journée de partage des tâches, des jeux… et de repas champêtre, et nous y avons constaté une vraie convivialité. Après cinq ans de vie partagée, les habitants considèrent que la première condition de la réussite est un travail sans relâche sur « l’humain ».
Pour K’hutte, et surtout pour Ecoterra, le projet de vie est en construction, par des habitants qui ne se connaissaient pas au préalable. Mais nous avons rencontré des acteurs passionnés, bien décidés à réussir cette aventure !

Michèle Lejeune
Atelier fédéral Sobriété et Développement Durable

Citoyens 357

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