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- Démocratie -
Table ronde de l’après midi

L’Europe et le Sud, un avenir possible

Nicole Vaucheret [1], Atelier Politique

La table ronde du dimanche après-midi a rassemblé des personnalités du groupe associé à Citoyens : Nadège Chambon, animatrice du Think Tank "Notre Europe", Akram Belkaïd, écrivain, auteur de Être arabe aujourd’hui et Matthieu Calame, directeur de la Fondation Charles Leopold Mayer pour le progrès de l’homme.

Matthieu Calame, l’agriculture

Des craintes ou constats souvent évoqués  : en 2007 il y a eu la peur de manquer de nourriture à cause de l’envolée des prix des produits alimentaires, des émeutes de la faim, d’où la question : la terre sera-t-elle capable de nourrir 9 milliards d’habitants ?

Mais quelle était la part de la spéculation ? La dérégulation amplifie ces phénomènes qui alimentent des craintes politiques. Un rapport de la Banque mondiale de la même année indiquait qu’il n’y avait pas eu assez d’investissements dans l’agriculture.

On assiste à des changements démographiques qui modifient sensiblement la demande alimentaire : 9 milliards d’habitants sur la planète en 2050, vieillissement de la population, évolution des habitudes et des besoins alimentaires. On prend conscience en même temps de la modification de l’écosystème planétaire : changement climatique, érosion, salinité des sols, pollution des eaux, extinction des espèces. Il faut réguler les prix pour rémunérer le travail agricole paysan, comme l’ont fait Taïwan et le Japon. L’agriculture industrielle apparaît comme peu performante au niveau énergétique. Il faut une politique forestière : "Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent" (F. de Chateaubriand).

Trois propositions pour le futur président, qui doit prendre conscience de la puissance de pays émergents comme le Brésil qui prétend maintenant nourrir le monde comme l’Europe autrefois :

- taxer les facteurs de production à réduire  : l’énergie, le sol, l’eau ;
- avoir une vraie politique santé/alimentation : modifier le régime alimentaire (plan fructose au lieu du saccharose actuel, diminution de la consommation de viande) ;
- empêcher l’accaparement des terres des pays du Sud et la brevetabilité du vivant, préserver la biodiversité ;
- et instaurer une gestion mutualiste qui associe agriculteurs, communautés citoyennes et chercheurs.

Akram Belkaïd, la rive sud de la Méditerranée

La révolution tunisienne a un an. Elle s’est propagée en créant beaucoup d’incertitudes. Il y a maintenant une coalition au pouvoir avec un parti islamique.

En Egypte, premier pays arabe par sa population et son influence, on voit les islamistes prendre une place importante, tandis que persiste la présence des militaires. En Syrie, c’est un véritable massacre, et en Libye le flou total... Autant de prétextes pour entretenir et exacerber la peur du chaos et des flux migratoires. L’islam est vu comme une menace pour l’Europe et la France. Que proposer pour éviter la scénarisation de ces peurs ?

Il faut sortir d’une situation de déni qui considère les pays du Sud comme une charge au lieu d’être une opportunité. La France a besoin des pays du Sud de la Méditerranée d’un point de vue économique. Sa balance commerciale est excédentaire avec eux. Les politiques doivent redéfinir les liens Nord/Sud, très importants ; il suffit d’aller à Orly ou à Roissy pour s’en rendre compte. Il y a des dynamiques de retour des jeunes migrants, il vaut mieux parler de mobilités que de migrations. C’est le moment d’engager un vrai dialogue avec l’islam, pour les musulmans de France et de la rive sud de la Méditerranée. Mais il se heurte au refus au nom d’une laïcité mal comprise. Il faut préserver la paix civile, les échanges, le respect mutuel, faire le pari de la transition démocratique.
La France pourrait être le moteur d’un partenariat européen autre que celui des accords de libre-échange pour mettre en œuvre des coopérations renforcées avec certains pays du Sud (développer les technologies sur l’énergie solaire par exemple). Car l’Union pour la Méditerranée est actuellement une coquille vide.

Nadège Chambon, l’Europe

"L’Europe a le choix entre le déclin ou la survie : elle choisit actuellement le déclin " (J. Delors).

La population européenne représentera 3 % de la population mondiale en 2030. Ce n’est rien par rapport à l’Inde, la Chine, la Russie, le Brésil. Les flux économiques dépassent le cadre des États-nations, mais les États refusent un kratos (pouvoir) européen. L’intégration patine, ou bien se fait seulement dans des moments de crise.

Pour beaucoup de citoyens, en particulier les plus fragiles, l’Europe signifie une perte de pouvoir, une pression de la mondialisation et une remise en cause de leurs faibles acquis, tandis que la "génération Erasmus", elle, croit que l’Europe politique est déjà arrivée et qu’il n’y a pas besoin de s’engager pour cela.

Mais l’échelon de l’État est trop restreint pour maîtriser notre destin collectif, alors que l’Europe représente 500 millions d’habitants.
Parmi les politiques nationaux, qui aura le courage de dire que le niveau européen est le seul pertinent pour progresser ? Ils ont peur de partager leur pouvoir, de donner la possibilité de sanctions, de contrôle. Il n’y a pas eu de renforcement de la zone Euro et l’Union économique et monétaire est déséquilibrée.

Trois leviers :
- Impliquer plus les citoyens et les députés nationaux dans le processus de décisions européennes : les chefs d’État doivent rendre compte des Conseils européens devant les députés.
- Apaiser l’hostilité entre le niveau national et le niveau européen, en reconnaissant la baisse du pouvoir réel de chaque pays dans le monde, et le renforcement du pouvoir de l’Europe.
- Renforcer et faciliter l’action de la société civile, promouvoir le débat sur les questions européennes. 

[1avec les notes de Patrick Lesauvage (Groupe de Vernon) et Claire Papy (Groupe Hauts-de-Seine Sud)

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