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- Démocratie -

Le souffle de la démocratie

Jean-Philippe Marcy, Atelier Politique

Ce week-end s’est conclu par une intervention de Jo Spiegel, membre de Démocratie et Spiritualité, maire de Kingersheim, Président délégué de Mulhouse Alsace Agglomération, conseiller général du Haut-Rhin. D’après lui, nous sommes aux balbutiements de la démocratie et nous devons travailler à la mise en place d’un nouvel âge démocratique, où la haute qualité démocratique sera, avec la question sociale et éthique, au cœur du renouveau de la politique. L’action menée dans le Sud de l’Alsace ne peut que nous interpeller.

"Quand la démocratie se résume essentiellement à l’élection (par la séduction), quand elle se cristallise le plus souvent dans des enjeux partisans (par la posture), quand elle est trop peu citoyenne et presque jamais implicative et quand, en plus, les résultats ne sont que rarement au rendez-vous des promesses il ne faut pas alors s’étonner du désenchantement grandissant à l’égard de la politique et du discrédit jamais à ce point atteint à l’égard des élus [1]".

Les Conseils participatifs : pierre angulaire de la démarche de participation

Les conseils participatifs sont créés chaque fois qu’un projet est proposé, que ce soit à l’initiative de la municipalité de Kingersheim ou des habitants. Ils sont formés d’habitants volontaires ou tirés au sort, de représentants du monde associatif, social, économique, d’experts, d’élus et de collaborateurs. Entre 60 et 80 participants sont regroupés en trois collèges : le collège des habitants, celui des partenaires associatifs, institutionnels et socio-économiques, celui des élus et de leurs collaborateurs.

Les conseils prennent en charge la phase décisive de réflexion, de débat, de concertation et de coproduction avant que le Conseil Municipal ne décide. L’objectif est l’enrichissement des points de vue et la construction de compromis dynamiques.

Les membres des conseils participatifs sont épaulés par des "animateurs-ingénieurs du débat public". La mission de ces derniers est d’encourager l’examen de tous les paramètres (juridiques, budgétaires) qui rentrent dans une décision publique, de croiser toutes les ressources : celles de l’expert, celles de l’habitant usager et celles du gestionnaire. Il doit autoriser aussi toutes les approches  : celles de l’utopie (le rêve), celles de la résistance (l’indignation), celles de la régulation (l’engagement).
Les sujets abordés sont aussi bien les préoccupations de la vie quotidienne, que la mise en œuvre du Plan Climat Energie Territorial ou les projets du contrat municipal (sédentarisation des Manouches, rénovation de la salle des fêtes, construction de la Maison de la Citoyenneté, lieu du culte musulman, etc.).
Une vingtaine de conseils participatifs se sont réunis.

Réussir l’élaboration partagée des projets

Un forum d’information et de débat organisé à la Maison de la Citoyenneté précède toujours le parcours collaboratif.
Le parcours citoyen commence toujours par un long travail d’information et de formation. L’ingénieur de débat public joue un rôle essentiel, expert en matière de développement durable. Il doit savoir entendre les habitants tout en faisant émerger leur parole. Son rôle est donc de mettre les membres des conseils participatifs en situation de réfléchir, de débattre, de proposer.
Avant d’aborder un sujet, il faut s’interroger sur les finalités, les valeurs, les objectifs, indiquer clairement ce qui est négociable et ce qui ne l’est pas. Ainsi il n’est pas question de remettre en cause la loi concernant le pourcentage de logements sociaux à construire.
Afin de limiter les risques de décalage avec le reste de la population, le cheminement vécu par les membres du conseil participatif doit être régulièrement partagé. Ainsi sont organisés des forums-débats ouverts à toute la population. C’est alors l’occasion donnée aux habitants d’interroger, d’interpeller, de critiquer le travail réalisé par les membres du conseil participatif.

Quelles sont les valeurs démocratiques qui sous-tendent les conseils participatifs ?

- Aller au fond des choses
- Cheminer le temps qu’il faut
- Ne pas fuir la complexité
- Revendiquer une démocratie lente.
La démocratie est d’abord une maturation. Jo Spiegel veut favoriser le "débat de plain-pied, la rencontre, la coproduction, la fécondation des points de vue, la fertilisation des regards".
La démocratie aboutie repose sur l’information, l’écoute, le dialogue, la participation, l’implication. Elle gagne quand elle s’enrichit de rêve, de l’indignation, de l’engagement. La démocratie est relation, elle ne peut se développer dans la facilité. Tous les acteurs de la Cité sont appelés à se grandir. Les élus doivent avoir un rapport modeste au pouvoir. "La question du rapport au pouvoir est donc une question centrale. Elle invite au discernement. Elle interroge le sens de l’engagement. Elle met en évidence la fécondation entre exigences démocratiques et renouvellement spirituel, entre engagement et intériorité, entre action et silence".

L’élu devient alors un "ouvrier du mieux vivre ensemble". Il fait avec et non pas pour les gens, il propose aux habitants le "côte à côte "plutôt que le "face à face".

L’habitant consommateur devient citoyen, partie prenante du bien commun. Ainsi "la démocratie d’élaboration est bien plus qu’une question de gouvernance, elle est un puissant facteur de transformation sociale et personnelle."

Le nouvel âge d’une démocratie exigeante

La démocratie exigeante est celle de la pensée, du sens, du cheminement. Les élus doivent être garants de l’intérêt général mais ils doivent permettre à chaque citoyen d’en être copropriétaire et coproducteur. Ce qui est donc en jeu, c’est la participation et l’implication citoyennes.

Ainsi l’esprit de la République et la valeur de fraternité gagneront sur les peurs et les résistances au changement, sur les replis et les égoïsmes.
L’organisation des pouvoirs locaux doit être de haute qualité, la démocratie se vit d’abord dans le cadre du "territoire".

"Quand on va au cœur du sujet, quand on construit la décision avec les gens et qu’on sollicite le meilleur de notre réflexion partagée, on est aux antipodes des calculs électoraux et de la démocratie d’opinion.
La démocratie exigeante ne peut s’épanouir dans la séduction et ne peut prospérer dans la posture partisane. Elle refuse la radicalité de ceux qui surfent sur l’écume des choses, qui procèdent par caricature et qui vendent les propositions les plus simplistes.

Elle prône au contraire cette radicalité qui prend en compte le réel, qui poursuit un idéal, qui va au fond des choses et qui construit les compromis les meilleurs, entre le possible et le souhaitable. Elle tente de conjuguer l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité […].
La démocratie d’élaboration et d’implication, c’est remettre de la responsabilité et de la solidarité dans l’espace public, en développant les aptitudes à la citoyenneté. C’est le sens du Pacte civique qui interpelle tous les acteurs de la vie de la cité pour agir à une société plus sobre, plus juste, plus fraternelle. La démocratie exigeante c’est la conviction qu’il ne peut y avoir de transformation sociale sans transformation personnelle et vice-versa […].

Le pari d’une démocratie exigeante, c’est de faire progresser les pratiques démocratiques pour faire progresser la qualité du débat électoral.

Il s’agit donc d’un véritable retournement. Celui d’un nouvel âge démocratique, où la haute qualité démocratique sera, avec la question sociale et la question éthique, au cœur du renouveau de la politique."

[11 - Cf. Jo Spiegel, Construire une démocratie exigeante. L’article est un résumé de ce texte.

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