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La Palestine et Israël à un nouveau tournant ?

Par Michel Legrand, groupe du Luxembourg

Les événements des derniers mois en Palestine et en Israël conduisent à penser qu’on est à nouveau devant de possibles tournants. La mission en Palestine à laquelle j’ai participé en avril dernier (sixième conférence internationale de la résistance populaire non-violente de Bil’in, avec une soixantaine de militants français) me l’a confirmé.

Quels enjeux sont en cause actuellement ? J’en vois quatre principaux, qui sont d’ailleurs étroitement liés : l’unité palestinienne, la reconnaissance de l’État palestinien par l’ONU en septembre prochain, la réalisation effective des droits du peuple palestinien, la volonté de paix de l’État d’Israël et une paix réelle pour le peuple israélien. À la lumière de l’actualité récente, je les formulerais, avec leurs liens, à travers la phrase suivante qui est aussi une question :
Face à l’inertie de la communauté internationale, le peuple palestinien, retrouvant et consolidant son unité, n’aurait-il pas intérêt à se faire reconnaître par l’ONU en septembre prochain et à utiliser cette reconnaissance et les moyens nouveaux ainsi offerts pour réaliser ses droits fondamentaux ?

Plusieurs éléments de réponse à cette question nous ont été proposés par les responsables palestiniens rencontrés à Ramallah le 19 avril : Jaman Zakout, chef de cabinet de Salam Fayyad, Nabil Chaât, délégué de l’OLP aux relations internationales, une délégation du Parlement palestinien (trois membres dont une femme et le président, le Dr Abdelazziz) et enfin Salam Fayyad, Premier Ministre palestinien.
Chacun à sa manière, avec des accents différents, a évoqué les principaux défis évoqués.

La réunification des forces palestiniennes "est un enjeu important. Elle doit permettre de préparer des élections démocratiques, libres et transparentes, dont les résultats devront être acceptés par tous les partis. Il est fondamental que les gouvernements de l’Union Européenne, les Etats-Unis et la communauté internationale soutiennent cette unité qu’ils nous reprochaient de ne pas montrer. Elle doit permettre aussi de faciliter la reconnaissance de l’État palestinien par l’ONU. Elle est réclamée par la population palestinienne, particulièrement sa jeunesse. Elle est souhaitée et encouragée par les sociétés civiles de l’Europe et des USA, ainsi que par les mouvements israéliens critiques. Et nous nous engageons à répondre sans tarder à cette nécessité et à ces appels." Et de fait, quelques jours plus tard, les différentes parties signaient un accord au Caire. Cette unité reste fragile. Israël l’a déjà contrée et la contrera encore avec de nombreux prétextes et pour diverses raisons. Et les Palestiniens, très conscients de cette fragilité, multiplient les démarches à l’intérieur et au niveau international pour la faire soutenir et renforcer.

Faire reconnaître l’État palestinien par l’ONU est l’un des objectifs prioritaires de l’OLP, du Fatah, mais aussi du Hamas au cours des prochains mois. Mais il ne faut pas se méprendre : il ne s’agit là que d’une étape, certes importante diplomatiquement et symboliquement, mais qui doit déboucher sur la reconnaissance et la mise en œuvre des droits des Palestiniens, droits reconnus par la Communauté internationale et réclamés année après année depuis plus de 60 ans par les résolutions de l’ONU : le droit à l’autodétermination - entière et réelle -, Jérusalem-Est comme capitale de État palestinien, la libération de tous les prisonniers politiques et le droit des Palestiniens au retour. Que l’État de Palestine soit reconnu par l’ONU (environ 112 pays l’ont déjà reconnu – il en manque une vingtaine actuellement) lui permettra et permettra à d’autres acteurs internationaux de réclamer plus efficacement la mise en œuvre de ses droits, car, par exemple, l’occupation et la colonisation d’un État souverain de Palestine seront encore plus inacceptables que l’occupation ou la colonisation des actuels "territoires palestiniens"… Cette éventualité effraye évidemment Israël, car Israël sait très bien qu’avec cette reconnaissance, il va se trouver au pied du mur et, dans une nouvelle "heure de vérité", face à son destin et à des choix décisifs — heure et vérité qu’il repousse toujours le plus loin possible, croyant que le temps joue en sa faveur.

Mais Israël a-t-il réellement la volonté d’une paix réelle, juste et durable ? Et quel avenir préparent leurs dirigeants aux Israéliens dans le flot de déclarations irresponsables et jusqu’auboutistes auxquelles ils recourent actuellement ?

On peut certes douter depuis longtemps de cette volonté d’Israël. Sans interruption depuis 1967 et de manière accélérée au cours des dernières années, Israël n’a eu de cesse d’étendre son territoire et de coloniser (Cisjordanie, vallée du Jourdain), d’amener autant de Palestiniens que possible à "quitter le pays", d’inverser la balance démographique en sa faveur à Jérusalem-Est, d’élargir sans cesse la municipalité de Jérusalem et d’en expulser le maximum de Palestiniens : de créer sur le terrain des réalités irréversibles – toutes sans exception opposées au Droit international -. Il s’agit d’un lot de mesures qui font partie d’une stratégie précise, réfléchie et systématique que toute personne un peu avertie décodera sur base de son observation de la géographie locale et de la vie quotidienne des Palestiniens. Plus : cette stratégie est explicite, et expliquée en long et en large dans les "plans sur Jérusalem 2020", délayée et distillée dans les déclarations successives de dirigeants israéliens de divers niveaux et dans les permis de bâtir de nouvelles colonies et d’en étendre d’autres, délivrés maintenant à un rythme accéléré. Plus encore : elle est décrite et dénoncée par les rapports successifs des diplomates en poste à Jérusalem. Bref…

Suite à l’échec des accords antérieurs, suite à la continuation accélérée de la colonisation les Palestiniens ont mis comme condition à toute reprise de négociations la suspension des opérations de colonisation – soit une action clairement condamnée par le Droit international…
Depuis quelques années, les dirigeants israéliens exigent des Palestiniens qu’ils reconnaissent, non plus l’État d’Israël, mais l’État juif d’Israël ; depuis quelques années encore, Jérusalem "capitale indivise et éternelle d’Israël" est revenue à la une des déclarations israéliennes, etc. Et, en cette fin de mai 2011, poussant le cynisme à un niveau non encore atteint, M. Netanyahu suscite des "ovations debout" devant le Congrès américain en enchaînant les rejets de chaque paramètre de la paix construit péniblement au cours des décennies : le rejet des frontières de 1967 comme cadre des négociations, le rejet de toute prétention des Palestiniens sur Jérusalem-Est, le refus d’une autodétermination réelle de l’État et du peuple palestiniens, le refus de traiter du sort des colonies israéliennes, le refus de toute perspective sur les réfugiés palestiniens… Ce faisant, très consciemment, M. Netanyahu sape toute possibilité de négociation réelle puisqu’il met en condition négative préalable tout ce qui devrait être négocié.

Mais si les gouvernants israéliens ne veulent pas la paix, vraiment, si les Etats-Unis se contentent d’accorder quelques points à l’un puis à l’autre en fonction du calendrier électoral du Président Obama, qui va la rendre possible ou la faire avancer ? Ce ne pourra être que les Palestiniens, en franchissant une nouvelle étape en cette direction : la reconnaissance de leur État par la communauté internationale. Puis, sur cette base, avec le soutien des États qui l’auront reconnu, on pourra envisager de ramener Israël à la raison et négocier enfin les modalités de réalisation des divers droits des Palestiniens tout autant que la sécurité d’Israël sur des frontières définitives.

Sinon, le grand perdant pourrait être finalement le peuple israélien lui-même. 

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