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- FAIRE SOCIETE -

CIVITAS une association citoyenne et communautaire

Interview de Francis Rondelez, président de Civitas
par Françoise Péchenart, Groupe Vallée de la Bièvre

En France, la gestion de la ville est du ressort des élus municipaux, éventuellement appuyés sur des groupes politiques, à charge pour eux de se présenter tous les six ans devant les électeurs pour y gagner leur légitimité.
En face de cette structure bien établie, CIVITAS à Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine) regroupe des citoyens qui souhaitent devenir "co-acteurs" de leur ville et être parties prenantes des grandes décisions les concernant. Ce faisant, ils transforment une proximité géographique, fortuite et de peu d’importance (les habitants d’une même ville se côtoient en permanence mais ne se parlent guère), en une proximité d’intérêts partagés pour rendre leur ville plus conforme à leurs désirs. Ils apprennent ainsi à réfléchir ensemble, à dégager des solutions de consensus pour le bien commun, et à élaborer des actions de vie collective.

Citoyens : Pourquoi ce nom "CIVITAS" ?

En latin le mot a deux sens. D’une part il décrit l’ensemble des citoyens qui constituent une ville ou un État. D’autre part, il rappelle que ces citoyens ont des droits dans la gouvernance de la cité. Le concept qui anime notre association a donc des racines qui remontent à l’Antiquité et aux premiers temps, grecs et romains, du concept de démocratie.

Citoyens : Quels sont les buts de l’association ?

Le but ultime est de rendre les habitants co-acteurs de leur ville sur les grands projets d’intérêt général, à côté de la municipalité et des autres forces politiques. Comme les adhérents de l’association ne se sont pas choisis et se trouvent simplement au départ partager un même espace de vie, il faut commencer par apprendre à se connaître et à s’estimer. On cherche donc à établir un climat d’écoute et de respect des opinions parfois contradictoires émises par les uns et les autres. Ensuite, il faut élaborer une solution de consensus qui permette de progresser et d’aboutir à des actions concrètes acceptables par tous, ou tout au moins par la majorité des participants. De ce point de vue, nous privilégions des évolutions par petits pas. Après tout, Rome ne s’est pas construite en un jour, le "vivre ensemble" non plus. Si les objectifs à long terme sont clairement définis, cette progression par touches successives permet d’arriver en son temps au résultat final souhaité, en évitant les affrontements. Elle génère des comportements apaisés et constructifs. In fine, les adhérents de l’association apprennent à éviter les conversations de café du commerce du genre "mon pauvre monsieur, notre monde est bien malade, mais que peut-on y faire, tout changement est impossible". Ils comprennent qu’on peut commencer par se changer soi-même, par modifier son comportement en sortant de son individualisme. Ils prennent conscience qu’à défaut de changer le pays tout entier ou le monde, on peut agir sur son environnement proche pour l’améliorer et le rendre plus agréable à vivre. "Penser global, agir local".

Citoyens : Quels types d’action menez-vous ?

L’association ayant pour but d’agir sur le cadre de vie, tout sujet d’intérêt collectif est susceptible d’être débattu, la seule règle étant qu’il puisse y avoir des conséquences directes au niveau local. Les réunions de ce dernier trimestre ont porté sur l’utilisation du vélo dans la ville, les financements de grands investissements publics, le réaménagement de la Grand-Place du centre-ville, les commentaires des citoyens sur les structures de concertation municipales. A chaque fois, la première étape consiste à réfléchir ensemble, en écoutant les opinions des uns et des autres, en s’informant de ce qui se fait ailleurs, en analysant les difficultés ou les dysfonctionnements de l’existant. Des propositions concrètes sont ensuite élaborées, puis font l’objet de documents de synthèse qui sont publiés sur le site Internet de l’association [1], et diffusés largement auprès de tous les intéressés.

Citoyens : Quels résultats avez-vous obtenus ?

L’association est à l’origine des quatre groupes de travail récemment créés par la municipalité : vélos, démocratie participative, future maison des associations, réaménagement du centre-ville. Ce ne fut pas chose facile car nos élus, comme probablement beaucoup d’autres, considèrent que leur légitimité démocratique (ils ont été élus) leur donne le droit de décider de tout et pour tous sans beaucoup consulter. C’est donc une avancée importante. Sans notre insistance et notre force de conviction auprès de quelques élus, la future maison des associations aurait été décidée "d’en haut", sans que son emplacement, son rôle, ses fonctionnalités, soient définis collectivement avec les associations de la ville qui souhaitent en bénéficier. De même, nous avons élaboré au cours de plusieurs réunions publiques un projet de charte de la démocratie participative, qui a ensuite été soumis aux différents groupes politiques. Ce document sert actuellement de base au groupe de travail "démocratie participative" chargé d’élaborer la charte officielle qui sera présentée à la ville en octobre 2011.
Un autre de nos succès récent a été la création d’une nouvelle association fontenaisienne en octobre 2010. "La Farigoule" regroupe maintenant 80 personnes désireuses de consommer autrement et mieux, en liaison avec un agriculteur local qui fournit chaque semaine fruits et légumes. Cette association a vu le jour suite à une série de réunions organisées par Civitas sur les "nouveaux modes de consommation" et qui avaient abordé le thème des économies d’énergie, de la consommation alimentaire, de l’eau, et du développement durable en général.
Nous avons bien sûr aussi rencontré des échecs, ou plutôt des fins de non-recevoir. Un nouveau bâtiment est actuellement en construction pour abriter le marché aux légumes du centre-ville. Il va coûter plusieurs millions d’euros à la collectivité. Nous avions insisté pour qu’il soit conçu comme un bâtiment public polyvalent. Il gardera malheureusement une structure de halle aux comestibles classique, et ne sera utilisé que trois demi-journées par semaine, alors qu’il aurait pu servir également pour d’autres activités. Faire venir l’expert national des marchés polyvalents et avoir indiqué que d’autres villes avaient franchi le pas n’a pas suffi à convaincre. Nous étions peut-être trop en avance sur notre temps : l’avenir nous dira si nous avions eu raison avant l’heure.

Citoyens : Sur quels points pensez-vous avoir une approche originale ?

Souvent les réactions des citoyens aux projets publics sont vécues de façon conflictuelle. Une municipalité décide la construction d’immeubles dans une zone pavillonnaire, ce qui provoque une levée de bouclier des riverains qui se constituent immédiatement en association. Leur but premier est de lutter contre le projet pour défendre leurs intérêts particuliers et si, par chance pour eux, ils obtiennent satisfaction, l’association disparaît aussi vite qu’elle est apparue, puisque devenue sans objet. Civitas, au contraire, ne cherche pas à défendre, ni à interdire, quoi que ce soit. Elle choisit de réfléchir sur des sujets plus généraux, de longue durée, et s’efforce de faire des propositions raisonnables, réalistes et de bon sens, dans l’intérêt du bien commun. Élaborées dans une atmosphère détendue, par des personnes venant d’horizons divers (y compris politiques), ces propositions se prêtent mieux à des discussions sereines. Ne défendant pas d’intérêts particuliers, il est plus difficile de les écarter d’un revers de main, surtout si elles sont de plus innovantes et porteuses de progrès. Sur des sujets long terme comme la rénovation du centre-ville, perdre une bataille, celle du marché municipal, n’est pas perdre la guerre : nous avons encore l’espoir de faire un jour accepter l’idée de détourner la circulation automobile du centre-ville, piétonniser le cœur de ville, doter la Grand-Place d’infrastructures évolutives, saisonnières, non permanentes, qui la rende vivante et attractive pour toutes les catégories de population. Les idées vraiment nouvelles ont besoin de temps pour se faire accepter.
Civitas utilise aussi des méthodes pour favoriser concertation, discussion, décision et action qui sont sinon innovantes, du moins insuffisamment appliquées dans l’action publique où l’on se préoccupe plus souvent de comment faire passer ses propres idées plutôt que de réaliser une construction collective acceptée par tous. La façon dont les débats sont conduits lors des réunions publiques pour permettre l’expression de tous et de toutes les opinions, la manière dont les documents sont élaborés, en sollicitant et en intégrant tous les commentaires, la présentation publique de propositions claires et argumentées, commencent à faire école dans la ville. Par exemple, plusieurs associations actives sur Fontenay se sont regroupées dans un collectif pour partager compétences et méthodes. Au sein du CASAF, "Collectif d’Associations Actives sur Fontenay" des projets d’intérêt commun sont abordés, une entraide entre associations se crée. Des groupes de travail municipaux se sont mis à fonctionner "à la manière de Civitas". Des associations des communes voisines de Fontenay suivent avec intérêt notre développement et participent à certaines de nos actions. Cela est porteur d’avenir dans la mesure où les décisions concernant la ville se prennent de plus en plus souvent à un échelon supérieur : Communauté d’agglomération, Conseil régional ou général. Les relations de proximité se développent donc non seulement entre habitants d’une même ville mais aussi des communes avoisinantes. Là aussi, le mouvement fait tache d’huile.

Citoyens : Y a-t-il un rapport entre CIVITAS et La Vie Nouvelle ?

Je le pense, en effet. Le "personnalisme communautaire" d’Emmanuel Mounier peut se retrouver dans notre association. Il y a d’une part volonté de développer l’individu, en le formant et en l’informant sur des questions de société générales, et en l’incitant à se transformer lui-même pour mieux agir concrètement. Il y a d’autre part volonté d’une action collective, cohérente et ciblée qui permette une transformation de l’environnement social dans lequel l’individu est immergé, et sur lequel il peut avoir une prise directe. Une association comme la nôtre permet de favoriser les relations de proximité entre des gens qui autrement se seraient côtoyés sans jamais se parler. Elle les réunit autour du désir, somme toute très avouable, de rendre leur cadre de vie plus interactif, convivial et solidaire.

[11 - www. asso.civitas.free.fr

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