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Notre réunion du 19 Septembre 2010

Quelques bribes éparses de nos échanges sur la convergence des initiatives citoyennes

Matthieu Calame : la nécessité de l’action collective est une idée qui se répand, et de nombreuses coalitions et coordinations internationales se créent. Comment les convaincre de se relier ? Comment créer un grand NOUS ? Nous sommes investis par conviction ; ce qui vient du cœur et de l’âme est difficile à résoudre.

Akram Belkaïd : le nombre des initiatives citoyennes permettra-t-il d’aboutir à la métamorphose dont parle Edgar Morin ? Pour travailler à leur convergence, suffit-il de transmettre des informations pour qu’elles se (re)connaissent ? Face au manque de cohésion de la société et à la montée des incivilités qui vont bien au-delà d’un problème économique, peut-on mobiliser des personnes qui ont réussi pour qu’elles fassent figure de modèles ?

Pierre Rabhi : tout élément constitutif du vivant est relié aux autres ; il n’y a pas d’oppositions. C’est la pensée humaine qui a introduit une fragmentation artificielle de l’espace, de l’affectif, de la religion,… On circonscrit par un réflexe sécuritaire qui avive le sentiment de peur ; l’ignorance de l’autre crée le préjugé. Or, la terre nourrit tout le monde, c’est l’élément fédérateur essentiel. Par quelle voir limiter cette fragmentation qui est le malheur de l’humanité ?

Jean-Baptiste De Foucauld : il y a une vraie difficulté à réunir, et une concurrence réelle entre les regroupements. Admettons sans naïveté qu’il existe un « diabolo » dans le système, mais qu’il n’est pas seul, qu’il existe aussi des forces d’unité. Nous devrions définir les conditions du travail en commun :
• Le vouloir vraiment (pas seulement comme un « moi » qui se transforme en un petit « nous » pour se développer soi-même)
• Une capacité de détachement et de dépossession
• Une bonne organisation et beaucoup de temps

Rédouane Saloul : ce sont nos êtres qui sont émiettés, éduqués dans l’individualisme et la compétition. Il nous faut partager de l’intelligence émotionnelle, de la chaleur, de la beauté et du soutien mutuel.

Isabelle Desplats : l’émiettement commence à l’intérieur de soi, dans cette lutte fondamentale contre nous-mêmes : culpabilité, désamour de soi dans une quête d’être différent ou d’avoir toujours plus. Il est essentiel de refaire l’unité à l’intérieur de soi. Vis-à-vis des autres, les conflits se placent souvent au choix des solutions et des moyens ; ce qui nous rassemble, ce sont les valeurs et la communauté des intentions. Soyons donc fermes sur les intentions et souples sur les moyens ; permettons à la multiplicité des mises en œuvre d’émerger. Ainsi, le « nous » sera imprévisiblement supérieur à l’ensemble des parties.

Nadège Chambon : dans notre effort de rassembler tous ceux qui travaillent sur l’Europe pour donner un temps de dialogue en dehors des campagnes électorales, nous constatons en effet que « le malin est là », qu’il y a un épuisement des ressources financières et humaines. Il faudrait clarifier si l’on cherche à fédérer des initiatives, ou directement le grand public, car ce sont des objectifs très différents. J’ai aujourd’hui l’impression qu’Internet fédère davantage des intérêts que des valeurs. Jean Monet disait : « il n’y a pas d’effort commun sans but commun ».

Marc Henry-Baudot : la cohérence de nos engagements divers est une question spirituelle, liée à notre cohérence de vie. Les périodes de silence et de méditation aident à réconcilier le rapport à nous-mêmes, aux autres et à ce qui nous dépasse, nous transcende ; elles révèlent les valeurs qui sont masquées par tout ce qui encombre nos vies quotidiennes en matière d’informations et de sollicitations. Coopérer avec d’autres, c’est l’art de faire une bonne cuisine avec beaucoup d’ingrédients différents, et le plat final a un goût bien supérieur à la somme de ses ingrédients. Il s’agit de mettre en jeu la personne dans toutes ses dimensions, de se débarrasser de la peur de perdre, d’apprendre que l’on peut laisser de la place à l’autre sans perdre de soi, de faire marcher à la fois le cœur et la tête. La création artistique, par sa capacité d’intuition, peut nous aider à faire la synthèse de problèmes complexes, à proposer une vision plutôt qu’un simple regard.

Débat :
Pierre : Bernanos sait bien que « La plus grande ruse du diable, c’est de nous faire croire qu’il n’existe pas »… Quelles possibilités y a-t-il de transcender des cultures qui divisent ? La somme des expressions artistiques n’a pas provoqué de mutation de l’humanité, et même certains nazis étaient sensibles à l’art. La vraie beauté est la beauté intérieure, la générosité. Il faut de l’émerveillement, pas de la spéculation ! Quand on va au-delà de la matière, quand on vibre à la beauté, on est dans le sacré. Ce n’est pas un mouvement vers la spiritualité, car elle pré-existe à tout ; c’est simplement une ouverture à l’esprit, à la sphère des consciences. L’engouement pour Internet me fait peur ; ce serait plutôt Inter-pas-net, vecteur d’une conscience pas suffisamment évoluée.

Akram : même si le rôle subversif d’Internet, en tant que passerelle, est important, les blogs me font plutôt penser à une multitude de feux de camps où l’on se retrouve entre soi. Beaucoup d’initiatives citoyennes s’adressent à des publics déjà acquis, et toute une partie de la population ne se sent pas concernée. Même dans le monde associatif, l’hypertrophie des égos cause beaucoup d’échecs. Dieu a bien créé le monde en se retirant !

Pierre : dans la réalité, nous ne sommes pas tous égaux. Il y a des leaders naturels, créatifs et énergiques, indispensables aux projets. Mais qu’est-ce que l’intelligence ? Nos aptitudes ne sont pas éclairées ; l’intelligence, elle, est universelle. Il faut accepter le « non-savoir » comme étant initiatique.

Matthieu : un leader est souvent à l’image du groupe ; il peut être régulateur ou dominateur. Référons-nous à Nietzsche qui a désinhibé le désir de puissance, parfois pour le meilleur, mais souvent pour le pire.

Isabelle : comme le dit Marshall Rosenberg, fondateur de la Communication Non Violente, le « pouvoir de » est légitime, alors que le « pouvoir sur » est dominateur et destructeur. Le « pouvoir pour » est fédérateur ; c’est un « pouvoir avec ».

Jean-Baptiste : Nous devrions en effet davantage travailler sur le désir de pouvoir ; ne pas le cacher mais le comprendre et savoir ce que l’on veut en faire, car c’est un moteur formidable qui n’est pas illégitime. Personne n’est dans l’action de manière totalement désintéressée, mais à quel moment est-ce que ça dérape ? C’est un non-dit profond de nos cultures.

D’après les notes de Frédérique Rigal.

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