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- Europe -

La Grèce : l’Europe au voisinage du Moyen-Orient

Par Christine Bourgarit-Lacordaire et Hugues Flichy
Groupes Boucles de la Marne et Evreux

La Grèce est un des pays de l’UE dont presque tous les voisins immédiats sont des pays musulmans. Malgré une occupation ottomane de quatre siècles qui a laissé des traces profondes, elle a su dialoguer et prendre sa place.

En 1961, la Grèce est le premier pays à signer un accord d’association avec la CEE (Communauté économique européenne).
Après la première crise de Chypre en 1965, un coup d’état militaire (1967) instaure pendant sept ans le "régime des colonels" qui se termine en 1974 suite à la révolte étudiante et à l’occupation de Chypre. Durant cette période, l’association avec la CEE a été suspendue.

Le premier ministre, Constantin Caramanlis, fait alors tout son possible pour que son pays entre dans l’Union européenne dont il devient le 10e membre en 1981 avant l’Espagne (fin de la dictature Franco en 1977) et le Portugal (fin de la dictature Salazar en 1974) grâce à la mise en place d’un régime à deux vitesses qui s’est développé depuis.
La Grèce a présidé quatre fois l’UE (Union européenne) : elle a été à l’initiative de la création d’un Conseil européen de la culture sous l’impulsion de Melina Mercouri, et a joué un rôle important de médiation au moment de la guerre d’Irak ainsi que pour l’élargissement de l’Union Européenne vers les pays d’Europe de l’Est.

Les pays limitrophes et le rôle de la Grèce dans l’UE

• Albanie

Le partage de l’empire ottoman n’a pas tenu compte des populations. L’Epire (région à cheval entre l’Albanie et la Grèce) a une population mélangée de Grecs et d’Albanais.

Quand ils ont repoussé les Italiens en 1940, les Grecs ont annexé des villages de peuplement grec repris après la guerre. Ces revendications croisées ont perduré jusqu’à la chute du communisme. Cette coexistence a finalement facilité l’intégration des Albanais qui ont immigré nombreux en Grèce dans les années 90. Aujourd’hui il y a des délocalisations d’entreprises de la région de la Macédoine grecque (traitement et tissage de la laine…) vers l’Albanie ; des cars de frontaliers albanais traversent chaque jour la frontière pour y travailler.
De fait la Grèce joue un rôle économique très important pour les pays des Balkans limitrophes et leur sert d’intermédiaire dans leur collaboration avec les autres pays de l’UE.

• Macédoine

La Macédoine ottomane abritait des populations orthodoxes, musulmanes, israélites s’exprimant en grec, turc, bulgare, serbe, albanais… (d’où le nom évoquant le nom commun macédoine utilisé en cuisine !) En 1913, à l’issue des guerres balkaniques, Grèce, Serbie et Bulgarie se sont partagé ce territoire. Après la 2e guerre mondiale, Tito crée une entité autonome pour contrer toute revendication bulgare ou grecque et disposer d’un moyen de pression sur les communistes grecs.

La Macédoine grecque est maintenant composée très majoritairement de Grecs car elle a accueilli une bonne partie des réfugiés d’Asie mineure en 1923.

L’ancienne République yougoslave de Macédoine (FYROM : Former Yugoslav Republic Of Macedonia) est peuplée aujourd’hui de 60% de Macédoniens orthodoxes parlant le macédonien (langue très proche du bulgare), de 35% d’Albanais musulmans et à peine 1% de Grecs.
Lors de l’éclatement de la Yougoslavie en 1990, l’Allemagne a
imposé à l’UE son point de vue en reconnaissant, sans concertation, la Slovénie et la Croatie. Cette attitude a de fait entériné l’éclatement au détriment du maintien sous une autre forme de la Yougoslavie, ce qui aurait été bien préférable pour la région.

La République macédonienne (FYROM) a développé, en prenant son indépendance, un nationalisme agressif vis-à-vis des Grecs qui a inquiété l’opinion. La Grèce s’est opposée à ce qu’elle prenne le nom de Macédoine ainsi que le drapeau historique alors que le berceau de la Macédoine antique est situé à Pella, à proximité de Thessalonique. Aujourd’hui les tendances nationalistes ont perdu de leur poids mais la question du nom ne pourra se régler que si le refus de tout expansionnisme est clairement affirmé.

Toutefois l’économie de ce pays est en grande partie sous contrôle grec, d’autant que son seul accès à la mer est le port de Thessalonique, à 70 km de la frontière.

• Chypre

Chypre était une colonie britannique, récupérée de l’Empire Ottoman en 1878 qui présentait un rôle stratégique important vis-à-vis d’Israël. Les communautés grecque et turque représentaient respectivement 80% et 18% de la population.

Face à la volonté d’indépendance de la communauté grecque, les Anglais ont joué la carte turque.

Chypre est devenue indépendante en 1960 avec la protection de la Grèce, la Turquie et l’Angleterre qui garde deux bases militaires et de fait, joue un rôle d’arbitre.

Plusieurs crises ont eu lieu entre communautés dont les Chypriotes turcs font les frais, entraînant des menaces de la Turquie. Les Etats-Unis, qui souhaitent garder de bonnes relations avec leurs deux alliés, peinent à calmer le jeu d’autant que Mgr Makarios s’était rapproché des Russes et des non-alignés. Le dernier chef de la dictature des colonels, mi-1974, a voulu instaurer un régime d’extrême droite sous ses ordres, ce qui a déclenché une occupation partielle de Chypre de 15 puis 38% du territoire. Cette situation perdure malgré l’adhésion de Chypre à l’UE en 2004.

Le projet de fédération de 2004 prévoyait en effet le maintien des troupes et des populations turques dans la partie turque de l’île. La partie grecque, qui s’en tire bien économiquement malgré une perte de territoire, a finalement refusé le projet, qui s’est malgré tout imposé.

• Turquie

Grecs et Turcs ont coexisté tout autour de la mer Egée, du temps de l’Empire Byzantin jusqu’à la domination ottomane. Au XXe siècle, leurs relations furent marquées essentiellement par la défaite de 1923 et l’affaire chypriote. Ces dernières décennies, des tensions se sont développées autour de la mer Egée, autour de la question des eaux territoriales, riches en pétrole, et de l’espace aérien, s’ajoutant à des revendications sur quelques îlots. Caramanlis, en recherchant l’adhésion à l’UE, voulait notamment sécuriser ses relations avec la Turquie.

La Grèce s’est longtemps opposée à l’entrée de la Turquie dans l’UE. Mais Georges Papandréou, qui vient de gagner les élections, a fait changer cette position quand il était Ministre des Affaires Etrangères, en mettant en avant l’évolution de la gouvernance en Turquie, notamment dans les relations avec l’armée, héritées du kémalisme. Précisons que le parti au pouvoir islamiste se réfère à la religion de la même manière que nos partis "démocrates chrétiens". Sur le plan économique la Grèce aurait tout intérêt à ce que la Turquie soit dans l’UE.

• Moyen-Orient

Les Arabes n’aiment pas les Turcs alors que les Grecs ont des liens forts avec les Arabes. Au XIXe siècle, la communauté grecque a joué un rôle important dans l’économie de l’Egypte dont les liens d’affaires se maintiennent aujourd’hui. En outre la lutte contre l’oppresseur ottoman les a rapprochés. Ces dernières décennies, la Grèce a pris des positions plutôt pro-arabes. Lors de la guerre du Kippour (1973), elle a refusé aux USA d’utiliser l’espace aérien grec pour soutenir Israël.

• L’Union européenne

En tant que franco-grec très européen, Thanos constate que des minorités musulmanes importantes existent dans l’UE et sont principalement sous le contrôle du FIS ou de l’Arabie Saoudite. La Turquie, qui a une véritable expérience de laïcité, pourrait jouer un rôle positif.

En outre si l’UE n’a pas de vision géopolitique, la Turquie en a une et pourrait contribuer à faire bouger l’UE, notamment par rapport aux Etats-Unis.

Thanos déplore que le niveau d’éducation géopolitique soit insuffisant, ce qui ouvre la voie à des approches passionnelles. Pour lui, des programmes d’échange au sein de l’UE tels que Erasmus ou Leonardo sont très bénéfiques, ne serait-ce que pour comprendre que nous ne sommes pas si différents que nous le pensons…

Concernant l’Europe, il estime que l’UE est en panne. Elle reste ancrée dans un néolibéralisme dépassé et fait peu de cas de la démocratie. Il est temps de reconstruire l’espace politique européen ! 

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