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Notre réunion du 10 juin 2009

Quelques bribes éparses de nos échanges sur l’écologie

Edgar Morin : l’écologie politique consiste à faire entrer la politique dans l’écologie alors qu’il faudrait aussi intégrer l’écologie dans la politique. Il s’agit de changer notre relation à la nature, mais aussi à nous-mêmes et à la société, de sortir de cette intoxication consumériste qui nous étouffe et qui tue le monde. Reconsidérer nos vies est donc bien une question politique centrale. Il est nécessaire que l’écologie politique, tout en se ressourçant à des principes revivifiés, puisse se dépasser, et contribuer à une « grande politique », capable de réformer tous les domaines : social, économique, éthique, pédagogique,…. Ceci implique la décomposition/recomposition des partis politiques actuels.

Pierre Rabhi : l’écologie est un état d’esprit, pas une posture. Il existe aujourd’hui des menaces de ruptures très graves, y compris la rupture alimentaire, à cause de la destruction de l’humus. Si la Terre meurt, tout meurt, c’est pourquoi l’écologie devrait être la priorité absolue. J’ai néanmoins confiance dans la puissance de la vie : l’écosystème met en place des stratégies pour continuer à tout prix, avec ou sans l’homme. Il est vraiment temps de prendre conscience à la fois de notre insignifiance dans l’univers, et de notre appartenance à la nature. L’homme, qui a fragmenté sa compréhension du monde, devrait se remettre en contact avec cette réalité unitaire et universelle, et prendre enfin soin de cet oasis. La vie est un prodige, et les ressources sont limitées. Sans entrer dans un « enfer écologique » où la protection de l’environnement soit devenue autoritaire, ce qui peut sauver le monde, c’est que nous développions une vision différente de la vie.

Patrick Viveret : nous sommes dans une société de démesure : goût exacerbé pour le pouvoir ou l’argent, déconnexion entre la finance et l’économie réelle, explosion des inégalités… une société où la consommation est devenue notre consolation, et où le coût et les dégâts provoqués par notre mal-être ont pris des proportions dangereuses (budgets des stupéfiants, de la publicité, de l’armement). Si on ne veut pas assister à la montée d’une écologie autoritaire, l’écologie politique doit proposer des processus plutôt que des réponses figées, dans une perspective de mieux-être : c’est ce que j’appelle « écosophie », une forme de sagesse issue de l’écologie, où ce qui est en cause, c’est le travail que l’humanité peut faire sur elle-même : passer à une haute qualité démocratique, ne plus se contenter de tolérer l’autre mais découvrir la nécessité et la saveur de l’altérité. On le voit bien, la sagesse, comme saveur de vie, doit devenir l’un des enjeux centraux d’une politique de l’homme.

Majid Rahnema : la question écologique n’est pas séparée de celle de la condition humaine. La civilisation occidentale s’est entièrement donnée à l’idée du progrès économique et technique, en négligeant le sens humain : on produit deux fois plus que nos besoins, et pourtant, des hommes continuent de mourir de faim. Ceux qui veulent devenir riches et puissants plutôt que de chercher leur propre richesse, ne sont pas tentés de changer le système, perpétuant une sorte de servitude volontaire… Comme le disait Gandhi, les sociétés ne devraient pas essayer de rattraper la civilisation occidentale, mais plutôt retrouver la sagesse de leur propre tradition. Ce à quoi nous aspirons tous, bien que différents, ne viendra pas « d’en haut », de nos démocraties trop institutionnelles. Que chacun dans son domaine apprenne à vivre dans la joie et s’attache à créer des liens !

Francine Bavay : la catastrophe qui se prépare vient du fait que nous n’arrivons plus à penser globalement ; elle est liée à l’effet cumulatif de comportements dans des domaines différents, et de décisions prises par des communautés spécialisées qui ne parlent pas ensemble. Bien souvent, on ne propose que des solutions, dans des rendez-vous de démocratie purement formelle. Comment rendre de la profondeur à nos décisions ?

Jean-Baptiste de Foucauld : en matière d’écologie, les appels à la vertu seront-ils suffisants ? Il va être difficile de convaincre tout le monde de changer significativement son mode de vie ; les corrections à la marge restent décevantes et les obstacles sont si lourds en raison du caractère très contraignant de la vie moderne ! Comment enfin dire, sans injurier les plus pauvres, que l’augmentation du pouvoir d’achat sera limitée et ne suffit plus à mobiliser ? Peut-on parler du bonheur d’une autre manière ? Nous devrions nous mettre à travailler explicitement sur les objectifs de notre vie collective, et la société civile proposer un nouveau Pacte civique. Sur le fond, nous avons besoin d’un concept de richesse vraiment différent, comme celui de l’abondance frugale :
Plus de sobriété pour plus de justice
Plus de créativité pour plus de sens

Maurice Bellet : nous vivons une époque compulsive, où tout semble permis, tout semble possible ; c’est un moment de délire, dont il est terrifiant de sortir, car cela suppose de se confronter à une réalité insupportable. Pourtant, le principe moteur de la compulsion est compromis, car il rencontre les limites de l’écologie terrestre et de l’écologie humaine. L’humus humain, qui perdure au travers des générations par les héritages culturels, est en danger chez ces êtres déstructurés, qui n’ont plus d’autres principes de vie que l’envie. L’un des dangers actuels est de rester dans l’analyse infinie, de se poser la question « que faire ? » sans jamais passer à l’action. La politique, qui doit aborder tous les problèmes tout de suite, n’est guère l’espace adéquat pour traiter ces questions de fond. Il nous faut créer un espace d’humanité dont nous n’avons pas le modèle, qui nous permette de nous recentrer et d’envisager le long terme.

Isabelle Desplats : je me demande souvent pourquoi, en matière d’écologie, nous n’agissons toujours pas, alors que nous avons en main toutes les informations qui devraient nous convaincre de le faire. Sans doute nous sommes-nous déliés de la nature, dont nous sommes pourtant tissés. Sans doute sommes-nous dans le déni de sa souffrance, et de celle des autres hommes, dans une sorte d’anesthésie collective qui nous empêche de réagir. Si nous cessions de refouler cette émotion, ce « mal au monde » qui nous habite de manière diffuse, si nous osions éprouver nos peurs, nos colères et notre désespoir d’impuissance, alors pourrions-nous, je crois, dépasser ces réactions et engager des actes plus créateurs.

Akram Belkaïd : notre indifférence face au risque écologique me fait penser à l’histoire de cette grenouille qui, baignée dans une eau graduellement chauffée, se laisse engourdir à tel point qu’elle ne peut plus s’échapper lorsque l’eau se met à bouillir. Si seulement elle avait été plongée brusquement dans l’eau brûlante, elle aurait immédiatement sauté hors du bocal ! En voyant le film « Home », je me suis souvenu de « Soleil Vert », et j’ai pensé avec angoisse que l’humanité s’adapte à toutes les conditions, même les pires : on s’accoutume aux atmosphères de plus en plus polluées, on ingurgite toujours plus de produits chimiques, des hommes vivent dans le quotidien infernal du Caire, on habite près de Tchernobyl… Il est peut-être plus facile de laisser pourrir les situations, en faisant le pari de notre adaptation, le pari de notre capacité à vivre quoi qu’il advienne, malgré le paradis perdu.

D’après les notes de Frédérique Rigal.

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1 Message

  • Notre réunion du 10 juin 2009 27 décembre 2010 12:34, par Perrick

    Waw, sympathique article, je vous remercie pour votre aide, et notez tout d’abord que je partage moi aussi pleinement ce point de vue... Euh voilà tout est dit, votre site est sincèrement excellent, j’espère vous lire à nouveau très rapidement... Désolé si besoin pour les fautes éventuelles, n’étant en effet pas francophone, j’ai utilisé un outil de traduction en ligne.
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